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Bref S.,
18 Aug 2026 à 11:12
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Une décision qui rompt avec des décennies de politique éducative héritée de la Françafrique. Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema vient de confirmer, dans un discours à la nation à la veille du 66e anniversaire de l'indépendance du Gabon, la suppression des bourses d'études vers la France, les États-Unis et le Canada. Une réorientation stratégique qui traduit une nouvelle vision de la souveraineté africaine.

Des raisons assumées et sans détour

Le président a été cash dans son explication : « Pour l'année 2026, il n'y aura pas de bourses pour les États-Unis, pour le Canada, parce que là-bas les études coûtent cher. Et ceux qui y vont ne reviennent jamais. » Une franchise qui contraste avec le discours diplomatique habituel des chefs d'État africains sur la question.

Dans son message à la nation, Oligui Nguema a également évoqué la situation des pays européens sans les citer nommément où les frais d'études ont fortement augmenté et où les aides aux étudiants étrangers ont été coupées. La France, qui reçoit traditionnellement le gros des boursiers gabonais en Europe, est la première visée. L'augmentation des frais d'inscription imposée aux étudiants extra-européens depuis 2019 est venue accélérer cette rupture.

Fuite des cerveaux : le vrai problème

La décision s'inscrit dans une réflexion plus large sur la fuite des cerveaux qui frappe le Gabon depuis des décennies. L'investissement public dans la formation de la jeunesse gabonaise à l'étranger ne génère pas toujours les retombées escomptées pour le développement national.

Le président n'a pas mâché ses mots sur ce point : à quoi sert de financer des études à l'étranger si les diplômés restent sur place ? Il a également pointé le phénomène des activistes de la diaspora très présents dans les grands discours, peu dans les projets concrets de développement comme un résultat contre-productif de ce système de bourses.

Troisième raison, plus inattendue : la consolidation des jeunes couples gabonais. Les longues années d'études à l'étranger fragilisent les unions, déstructurent les familles et éloignent les jeunes de leurs racines. Garder les jeunes au pays, c'est aussi investir dans la cohésion sociale.

L'Afrique, pas un choix par défaut

La décision ne signifie pas la fin des études à l'étranger pour les Gabonais. Oligui Nguema a clairement indiqué la direction : « Nous ne devons pas subir cette évolution. Nous devons y répondre par une stratégie qui est de consolider nos établissements, rechercher les meilleures formations et regarder avec confiance vers les universités d'excellence de notre continent. L'Afrique ne doit pas être un choix par défaut. Elle est un espace de savoirs, d'innovations et d'avenir. »

Les futures bourses gabonaises seraient ainsi réorientées vers des destinations plus économiques et mieux alignées avec les besoins du marché local, notamment les universités et grandes écoles d'Afrique de l'Ouest et du Maghreb.

Cette politique éducative inédite pourrait inspirer d'autres pays africains confrontés au même défi de la fuite des cerveaux. Le Gabon devient ainsi un laboratoire d'expérimentation pour des stratégies alternatives de développement du capital humain. Une chose est certaine : le signal envoyé à Paris est fort, et il est loin d'être isolé sur le continent.

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