Les États membres de l'Union africaine (UA) ont refusé de soutenir la candidature de l'ex-président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies pour remplacer António Guterres, selon une note verbale consultée et authentifiée vendredi auprès de l'AFP. Selon cette note, un total de 20 États membres de l'UA, dont les noms n'ont pas été communiqués, se sont opposés à cette candidature.
Son propre pays dit non
L'humiliation est totale : parmi les 20 pays qui ont voté contre, figure le Sénégal lui-même. Dans une lettre officielle de la Mission permanente du Sénégal auprès de l'UA datée du 27 mars, le gouvernement a souligné qu'il n'a, à aucun stade, soutenu cette candidature et n'a pas été impliqué dans l'initiative.
Les actuelles autorités du Sénégal élues en 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, accusent les anciens dirigeants, à commencer par Macky Sall, d'agissements coupables dans la gestion du pays. Elles lui reprochent notamment d'avoir réprimé dans le sang les violentes manifestations politiques ayant fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024 et d'avoir dissimulé des chiffres économiques importants, comme la dette publique.
Le mécanisme du silence rompu
Le projet de décision soutenant la candidature de l'ancien président sénégalais, soumis aux États membres selon la procédure dite "d'approbation tacite", ne devait pas soulever d'objections de plus d'un tiers des 55 pays appartenant à l'organisation continentale.
Saisie à travers une procédure dite silencieuse, la proposition visait à obtenir l'aval des États membres pour soutenir officiellement cette candidature au nom de l'Afrique. Mais à l'expiration du délai fixé, vingt (20) États membres ont exprimé leur opposition, rompant ainsi le consensus requis pour l'adoption de la décision.
Le Burundi isolé
La candidature de Macky Sall avait été proposée par le Burundi, dont le président, Évariste Ndayishimiye, occupe la présidence tournante de l'UA. Évariste Ndayishimiye, alors président de l'UA, a porté cette candidature personnellement. Pourquoi ? Les explications officielles restent vagues, stature internationale et expérience diplomatique. Mais les observateurs y voient davantage un calcul tactique : l'appui à une candidature prestigieuse aurait permis au Burundi de rehausser son profil ou de créer des alliances futures. Quoi qu'il en soit, Ndayishimiye s'est retrouvé isolé.
Macky Sall maintient sa candidature
Dans un communiqué publié vendredi, la cellule de communication de Macky Sall a indiqué que malgré le rejet de l'UA sa candidature reste maintenue.
Mais sans le soutien de l'Afrique, Macky Sall entre dans une course qu'il ne peut plus remporter. D'autres candidats sont en lice : Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine). Sans appui africain, Macky Sall entre dans une course qu'il ne peut plus remporter.
Un revers historique
C'est un camouflet diplomatique sans équivalent. Pour celui qui a présidé l'UA en 2022, c'est une humiliation totale. Moins de trois semaines après son annonce officielle, il se voit rejeté par l'institution continentale qui aurait dû l'incarner. C'est un coup pratiquement sans équivalent pour un candidat africain aux plus hautes fonctions internationales.
De président de l'Union africaine en 2022 à candidat rejeté par 20 pays africains en 2026. Et comble de l'ironie : son propre pays qui vote contre lui. Macky Sall vient de vivre l'une des humiliations diplomatiques les plus brutales de l'histoire récente.