Event
Bref S.,
12 Sep 2026 à 09:00

Le général Abdourahamane Tiani a procédé vendredi 11 septembre à un remaniement à la tête de la hiérarchie militaire nigérienne. Le général de brigade Moussa Salaou Barmou, figure du putsch de juillet 2023, a été démis de ses fonctions de chef d'état-major des Armées (CEMA) et remplacé par le général de brigade Mamane Sani Kiaou. Une décision qui intervient moins de deux semaines après la tentative de coup d'État déjouée à Niamey.

Un remaniement à plusieurs niveaux

Le décret présidentiel signé ce vendredi ne se limite pas au seul poste de chef d'état-major des Armées. Le général de brigade Abdourahmane Abou Zataka, jusqu'ici à la tête de l'état-major de l'armée de Terre, a été nommé pour succéder au général Kiaou à ce poste. Cette redistribution touche ainsi les deux échelons les plus élevés de la hiérarchie militaire nigérienne en une seule journée.

Selon les informations de l'Agence nigérienne de presse, la raison officielle de ce limogeage n'a pas été communiquée.

La mutinerie du 28 au 29 août

Ce changement de commandement intervient moins de deux semaines après les événements qui ont secoué la capitale nigérienne. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires dissidents s'étaient emparés de la base aérienne 101, jouxtant l'aéroport international Diori-Hamani de Niamey, avant de viser également le palais présidentiel et le siège de la télévision nationale.

La garde présidentielle avait repris le contrôle du site après une journée entière d'affrontements, avec l'appui du groupe paramilitaire russe Africa Corps. Selon des sources sécuritaires, les militaires mutins provenaient de garnisons de l'intérieur du pays, notamment d'Ouallam, Tera et Dosso. Une vague d'arrestations de militaires et de personnalités politiques s'est poursuivie dans les jours suivants.

Les profils des généraux

Le général Moussa Salaou Barmou occupait le poste de chef d'état-major des Armées depuis août 2023, quelques jours après le coup d'État qui avait renversé le président élu Mohamed Bazoum. Il aurait pris part au dispositif militaire déployé autour de la résidence présidentielle lors du putsch, selon des sources nigériennes. Il avait auparavant dirigé les forces spéciales nigériennes, formées en partie aux États-Unis.

Son successeur, le général de brigade Mamane Sani Kiaou, est décrit par ses proches comme un « homme de terrain aguerri » qui a notamment dirigé des opérations de lutte contre les groupes jihadistes dans la région de Tillabéri et de Diffa. Il avait également mené les discussions qui ont conduit au départ des armées françaises et américaines du Niger après le coup d'État de juillet 2023.

Selon les médias officiels nigériens, le général Kiaou venait de boucler une tournée dans les principales garnisons militaires du pays afin de « ramener la cohésion au sein des soldats ». Une mission de proximité qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel.

Des tensions internes déjà signalées

Ce limogeage intervient dans un contexte de fragilité accrue de l'institution militaire nigérienne. Un rapport publié par DefenceWeb évoque des signes de fracture déjà documentés avant la mutinerie d'août. Une confrontation directe aurait notamment eu lieu en 2025 entre un officier subalterne et le général Barmou, alors interpellé sur la conduite des opérations contre les groupes armés et sur les moyens alloués aux troupes déployées sur le terrain. La même année, des soldats stationnés à la garnison de Termit s'étaient mutinés pour dénoncer des conditions de vie dégradées et un manque de soutien logistique depuis la capitale, allant jusqu'à retenir des officiers venus négocier.

Cette mutinerie de fin août constitue la première fracture armée interne depuis l'arrivée au pouvoir de Tiani en juillet 2023, après trois ans marqués par la lutte contre les groupes jihadistes actifs dans la zone des trois frontières, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

En limogeant le général Barmou et en le remplaçant par un homme de terrain réputé pour sa proximité avec les troupes, le général Tiani entend reprendre le contrôle d'une armée secouée par les tensions internes. Reste à savoir si ce remaniement suffira à restaurer la cohésion au sein des forces armées nigériennes, alors que la menace jihadiste continue de peser sur le pays.

Login with Social Media or Manually

or

Or sign in manually: