Côte d'Ivoire : le vaste réseau de trafic de voitures de luxe d'« Amada » partiellement démantelé
Un système criminel transnational bien huilé
Un coup de filet majeur vient d'être réalisé par la Police nationale ivoirienne. Au cœur de l'affaire, un ressortissant béninois identifié sous l'alias « Amada », présenté comme le cerveau présumé d'un trafic de véhicules haut de gamme à dimension internationale. Selon plusieurs sources concordantes, Amada serait impliqué depuis plusieurs années dans l'acheminement de voitures de luxe volées en Europe vers l'Afrique de l'Ouest, via des pays de transit comme le Bénin, le Nigeria notamment Lagos et le Togo, avant introduction frauduleuse en Côte d'Ivoire par la frontière de Noé, en contournant tous les contrôles douaniers.
Châssis modifiés, faux documents, victimes de bonne foi
Une fois sur le territoire ivoirien, les véhicules faisaient l'objet d'une transformation méthodique : les numéros de châssis étaient modifiés pour effacer toute trace de leur origine frauduleuse, avant d'être revendus à des prix attractifs à des clients souvent de bonne foi. Parmi les victimes, un citoyen décrit comme « digne et travailleur » aurait acquis un véhicule muni de documents entièrement falsifiés. Par ailleurs, le réseau fonctionnait aussi en sens inverse : Amada aurait fait voler des véhicules sur le territoire ivoirien pour les exporter vers le Ghana, à l'aide d'un système de fausses pièces d'identité ivoiriennes, de procurations et de laissez-passer fabriqués de toutes pièces.
Interpol, microfinance et télévision privée dans le viseur
L'affaire prend une dimension encore plus explosive avec les révélations sur les complicités présumées. Amada aurait bénéficié du soutien financier d'un établissement de microfinance actuellement dans le viseur des enquêteurs, dont un haut responsable détiendrait en ce moment même un véhicule faisant l'objet d'un avis de recherche international émis par Interpol France et Interpol Côte d'Ivoire. Autre élément troublant : le suspect aurait été hébergé par une responsable d'une chaîne de télévision privée ivoirienne, présentée comme sa compagne, soupçonnée d'avoir activement facilité certaines opérations logistiques du réseau. Son inculpation ne serait plus qu'une question de jours.
En détention, un dossier suivi au plus haut niveau
Actuellement incarcéré au Pôle pénitentiaire d'Abidjan sous plusieurs mandats de dépôt, Amada fait l'objet d'une instruction judiciaire menée conjointement par le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau et la Police nationale. Depuis l'annonce de son arrestation, plusieurs victimes présumées se sont déjà manifestées auprès des juridictions compétentes pour faire valoir leurs droits. Pour beaucoup, cette interpellation représente un soulagement après des mois, voire des années, d'attente et de préjudice.
Des berlines volées à Paris ou à Lyon qui finissent dans les rues d'Abidjan avec de nouveaux châssis et des complicités à tous les niveaux. Ce dossier, qui n'en est qu'à ses débuts, promet encore de grosses révélations.