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Bref S.,
20 Oct 2026 à 08:43

Niamey, la rumeur devance souvent le lever du jour, traçant à travers les boulevards de la capitale de longues chenilles immobiles de véhicules et de deux-roues. Devant les stations-service, le spectacle est devenu quotidien et harassant : des automobilistes qui patientent des heures sous une chaleur accablante, le réservoir à sec, dans l'espoir qu'une citerne vienne enfin alimenter les pompes. Trois ans après l'accession au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, dirigé par le général Abdourahamane Tiani, le Niger offre le visage déconcertant d'un pays producteur d'hydrocarbures incapable d'assurer la fluidité de son propre approvisionnement intérieur.

​Ce contraste saisissant nourrit une incompréhension grandissante au sein de la population. Avec le bassin d'Agadem et la raffinerie de Zinder, le pays disposait pourtant sur le papier des leviers nécessaires pour garantir sa souveraineté énergétique. Mais la réalité du terrain s'avère bien plus complexe. Entre les opérations de maintenance répétées de l'outil industriel national, un réseau routier à l'épreuve des kilomètres pour acheminer le carburant jusqu'à la capitale et la réduction drastique de la contrebande en provenance du Nigeria, autrefois soupape de sécurité pour de nombreux ménages, la chaîne logistique s'est grippée au pire des moments.

​Pour enrayer la crise et éviter une flambée des prix incontrôlable, les autorités militaires ont choisi la manière forte. L'interdiction formelle d'exporter de l'essence et du gasoil a été décrétée pour réserver l'intégralité de la production locale au marché national, tandis que les contrôles aux frontières ont été renforcés. Dans le même temps, le pouvoir maintient un gel strict des tarifs à la pompe pour préserver le pouvoir d'achat des citoyens, déjà éprouvé par la conjoncture économique régionale.

​Pour le régime de transition, le défi dépasse désormais la seule gestion administrative d'une ressource. Il touche au cœur même du discours de rupture et d'indépendance porté depuis l'été 2023. Alors que Niamey cherche à stabiliser ses circuits de distribution et à négocier de nouveaux approvisionnements de secours avec des partenaires régionaux, la résolution de cette pénurie est devenue le véritable test de crédibilité de la junte auprès des Nigériens.

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