L'Afrique dit oui en public. Mais en privé, c'est une autre histoire. Alors que la crise autour de Gianni Infantino s'intensifie, une réalité troublante émerge des couloirs du football africain : le bloc des 54 fédérations que le patron de la FIFA croyait tenir pourrait bien lui filer entre les doigts au moment crucial.
La position officielle et ses failles
La CAF, officiellement, se présente unie derrière Infantino. Mais cette façade uniformisée cache des tensions profondes. Constant Omari, ancien président par intérim de la CAF et ex-membre du Conseil de la FIFA, brise le silence dans un entretien au Monde : il demande à Infantino de « démissionner ou de solliciter un vote de confiance » et appelle les fédérations africaines à « cesser de céder à une forme de corruption morale » de la part du président de la FIFA. Omari estime que les dirigeants africains du football doivent « arrêter de considérer que les fonds versés par la FIFA aux fédérations du continent sont des libéralités », rappelant que « cet argent, généré par les compétitions de la FIFA, n'appartient pas à Infantino, mais aux fédérations ».
Sa conclusion est explosive : à l'en croire, lors d'un scrutin secret, au moins la moitié des fédérations africaines ne respecterait pas les consignes de vote pro-Infantino.
Un vote à bulletin secret qui changerait tout
L'histoire récente invite à la prudence sur la loyauté africaine envers Infantino. En 1998, malgré l'alliance de la CAF avec l'Européen Lennart Johansson, les fédérations africaines ont voté à une écrasante majorité en faveur de Sepp Blatter. En 2016, malgré le soutien de la CAF au cheikh Salman, de nombreuses voix africaines ont aidé Infantino à l'emporter. Ce même Infantino, qui compte aujourd'hui sur ces mêmes fédérations pour sa survie, pourrait être victime de la même logique.
La fronde est notamment menée par les fédérations anglophones, qui regardent vers Londres et Dublin. Les fédérations anglaise, galloise et irlandaise ont officiellement retiré leur soutien à Infantino et se rangent derrière la position de l'UEFA, qui menace de boycotter les compétitions de la FIFA tant qu'il sera en poste.
Lekjaa, le rempart africain d'Infantino
Face à cette montée des eaux, Infantino peut encore compter sur un pilier : le Marocain Fouzi Lekjaa. Président de la FRMF et membre influent du Conseil de la FIFA, il fédère autour de lui un groupe de soutien africain composé notamment de l'Égypte, de la Mauritanie, du Soudan, du Niger, de Djibouti et de la République démocratique du Congo. Un bloc solide, mais dont la taille si Omari a raison pourrait ne pas suffire.
Le patron de la CAF, Patrice Motsepe, a pour sa part appelé à laisser les 211 associations membres trancher par les urnes lors de l'élection prévue en mars prochain à Rabat, estimant qu'il « faut être très prudent » et laisser le processus électoral suivre son cours. Une position attentiste qui, en refusant de clairement défendre Infantino, dit beaucoup sur les incertitudes qui règnent au sommet du football africain.
Le Congrès de Rabat promet d'être l'un des plus décisifs de l'histoire de la FIFA. Et l'Afrique, une fois de plus, tiendra les clés du verdict.