Matias Pourrain, joueur argentin du Miami United, a vécu un véritable cauchemar. Arrêté le 6 août dernier à l'aéroport de Fort Lauderdale par des agents de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement), il a passé 22 jours en détention dans des conditions qu'il qualifie d'« inhumaines ». Libéré sous caution le 28 août, il raconte aujourd'hui l'enfer qu'il a traversé.
Une arrestation brutale à l'aéroport
Tout commence le 6 août 2026. Matias Pourrain, 34 ans, s'apprête à embarquer avec ses coéquipiers du Miami United FC pour Los Angeles, où l'équipe doit disputer un match de championnat semi-professionnel. Deux agents en civil de l'ICE l'interceptent alors qu'il se trouve dans l'aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood.
Le joueur présente son permis de travail, en règle. Les agents lui assurent que les vérifications ne prendront que « dix minutes ». Matias Pourrain ne les reverra jamais. Il est immédiatement menotté, aux poignets et aux chevilles, puis conduit dans un fourgon banalisé.
« Me dijeron: Tenés que venir con nosotros por las buenas o por las malas. Vos elegís », raconte-t-il, cité par La Nación.
Le Département de la Sécurité intérieure justifie cette interpellation par le fait que le joueur serait resté sur le sol américain après l'expiration de son permis de séjour de six mois, obtenu en novembre 2019, sans avoir quitté le territoire après le 11 mai 2020.
Trois jours sans manger, des conditions « inhumaines »
Dès son arrivée au centre de détention de Miramar, en Floride, l'horreur commence. Matias Pourrain est placé dans une cellule où s'entassent jusqu'à 70 hommes. La nourriture est immangeable : « Je voyais de petits cercles noirs sur le pain. Ce n'était pas comestible ».
« J'ai passé trois jours sans manger. Cinq jours sans pouvoir me laver », témoigne-t-il auprès de Telemundo.
L'eau potable, elle, se trouve à proximité des toilettes. « L'eau ruisselait le long du bec verseur où l'urine venait de s'écouler. C'était inhumain », décrit-il.
Le joueur raconte également avoir été attaché sur une chaise, les mains et les pieds entravés, avec une chaîne autour du corps, pendant plus de 24 heures d'affilée.
« Je voulais m'allonger par terre, on me l'a interdit. Je devais rester assis ».
Un transfert dans l'angoisse la plus totale
Après un premier transfert à Belle Glade, Matias Pourrain est de nouveau embarqué, cette fois dans un avion. Sans aucune information sur sa destination. « J'ai entendu quelqu'un dire "aéroport" et j'ai bondi de mon siège », se souvient-il.
Il craint d'être déposé à la frontière mexicaine. Après 24 heures de panique, il atterrit finalement au centre de détention de Rio Grande, à Laredo, au Texas.
Pendant ce temps, personne ne sait où il se trouve. Son nom n'apparaît même pas dans le système de localisation de l'ICE.
Une « torture mentale » délibérée
Au-delà des conditions matérielles, Matias Pourrain dénonce une pression psychologique constante, destinée selon lui à pousser les détenus à signer leur « auto-expulsion ».
« C'est une torture mentale pour que tu te fatigues et que tu signes la sortie volontaire. Ils jouent avec ta tête », affirme-t-il.
Il raconte qu'à deux reprises, des agents sont venus le chercher pour un transfert, avant de lui ordonner de retourner dans sa cellule. Une technique d'épuisement qui vise à briser les détenus.
Une libération sous caution de 20 000 dollars
Ce n'est que le 28 août, soit 22 jours après son arrestation, que Matias Pourrain retrouve la liberté. Sa famille et ses proches parviennent à réunir une caution de 20 000 dollars pour le faire libérer.
Les autorités avaient justifié ce montant élevé par un « risque de fuite ». Une accusation que le joueur rejette en bloc.
« Je vis ici depuis 2019. Ma grand-mère est morte et je n'ai pas pu aller à ses funérailles parce que si je quitte le pays, j'abandonne mon dossier. Mon frère s'est marié, il a eu des enfants, je n'ai pas pu être là. Et ils disent que j'ai un risque de fuite ? », s'indigne-t-il.
Lors de sa libération, les autorités envisagent de lui poser un bracelet électronique à la cheville. Matias Pourrain, en larmes, supplie un officier de reconsidérer cette décision, arguant qu'il entraîne des enfants et que le dispositif l'empêcherait d'exercer son métier. Finalement, un contrôle par téléphone est mis en place.
Un combat qui continue
Aujourd'hui libre, Matias Pourrain reste sous le coup d'une procédure d'expulsion. Son dossier migratoire est toujours en cours d'examen. Il lui est interdit de s'éloigner de plus de 75 miles de son domicile, une restriction que son avocate cherche à faire lever pour lui permettre de reprendre pleinement son activité sportive.
Le Miami United FC, qui avait exprimé son « choc profond » au moment de l'arrestation, continue de soutenir son joueur. « C'était de la torture. Mentalement, la terreur à l'état pur », résume Matias Pourrain. Un témoignage glaçant qui met en lumière les conditions de détention des migrants aux États-Unis et les dérives d'un système qui, selon son avocate, n'aurait jamais dû s'acharner sur un homme « sans aucun antécédent judiciaire » et en possession d'un permis de travail en règle.