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Bref S.,
31 Aug 2026 à 11:20

Le Sénégal devient le premier pays africain à produire localement un médicament générique contre la drépanocytose. Baptisé DREPAF, ce traitement à base d'hydroxyurée est désormais disponible et marque un tournant dans la prise en charge de cette maladie génétique qui touche des millions de personnes sur le continent.

Une avancée historique pour la santé publique africaine

Le laboratoire sénégalais Teranga Pharma a mis au point DREPAF, un générique de l'hydroxyurée, le traitement de référence recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la drépanocytose. Le médicament a reçu son autorisation de mise sur le marché au Sénégal en avril 2025, avant une commercialisation effective début 2026.

Cette innovation revêt une importance particulière : c'est la première fois qu'un traitement contre cette maladie est produit localement sur le continent africain, réduisant ainsi la dépendance aux importations coûteuses en provenance d'Europe ou des États-Unis.

Une innovation spécifiquement dédiée aux enfants

L'une des avancées majeures de DREPAF réside dans le développement d'une forme pédiatrique (100 mg), jusqu'alors inexistante au Sénégal. Ce dosage est utilisable dès l'âge de 9 mois, répondant à un besoin crucial.

« Le défi consistait à concevoir une forme galénique à la fois stable et adaptée aux plus jeunes. La solution retenue est une gélule innovante, qui peut être ouverte pour mélanger son contenu à des aliments ou boissons familiers », explique le Dr Mouhamadou Sow, directeur général de Teranga Pharma.

Cette adaptation permet d'administrer le traitement en le mélangeant à des aliments locaux comme le bissap, le bouye, le fondé ou la bouillie, facilitant ainsi l'observance chez les jeunes patients.

Un traitement accessible financièrement

L'accessibilité financière était un autre défi majeur. Le DREPAF est proposé à un prix très inférieur aux versions importées. Pour les enfants jusqu'à 5 ans, le coût mensuel du traitement est d'environ 1 500 FCFA, tandis que pour les adultes, il s'élève à 3 000 FCFA.

Ce prix est deux à trois fois inférieur à celui des traitements importés (Hydrea, Siklos), rendant le traitement beaucoup plus accessible aux familles. Les boîtes sont conditionnées pour couvrir un mois de traitement, simplifiant la gestion pour les patients et leurs proches.

Un impact sanitaire considérable

La drépanocytose est particulièrement prévalente en Afrique. Le continent supporte environ 75 % du fardeau mondial de cette maladie.« Pour les enfants qui ont la forme sévère, la moitié ne fêteront pas leur 5e anniversaire. C'est un chiffre terrible », alerte le Dr Sow.

Au Sénégal, on estime que 10 % de la population générale (près de 2 millions de personnes) est porteuse du gène, dont près de 2 000 enfants atteints de la forme sévère.

L'hydroxyurée, principe actif de DREPAF, permet de réduire significativement la fréquence et la sévérité des crises douloureuses, les hospitalisations et les transfusions sanguines, ainsi que les accidents vasculaires cérébraux.

Un projet de souveraineté pharmaceutique

Le laboratoire Teranga Pharma, soutenu par un financement de 4 milliards de FCFA (environ 7,1 millions de dollars), a noué un partenariat avec un fabricant indien et l'ONG Drep.Afrique pour mener à bien ce projet.

L'ambition va au-delà des frontières sénégalaises :

« Nous avons trois objectifs : proposer une forme pédiatrique adaptée, réduire drastiquement les coûts et garantir une disponibilité permanente sur tout le territoire, avant d'étendre la distribution aux pays voisins », a précisé le directeur général.

La Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina Faso et le Nigeria sont déjà ciblés pour une prochaine phase de distribution, tandis que la RDC, le Gabon et le Cameroun ont également manifesté leur intérêt.

Un espoir pour des millions de familles

L'arrivée de DREPAF constitue une véritable révolution pour les patients drépanocytaires. Lala Dieng, mère d'un adolescent de 17 ans suivi pour cette maladie, témoigne :

« Les médecins prescrivaient Hydrea 500 pour soulager ses épisodes. Il est récemment passé au Drepaf 100, et j'ai constaté qu'il a beaucoup moins de crises ».

Cette avancée illustre les capacités de la recherche et de l'industrie pharmaceutique africaine, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la prise en charge d'une maladie longtemps négligée.

Le Sénégal pose ainsi un jalon important sur la voie de la souveraineté sanitaire du continent, avec un médicament qui pourrait sauver des milliers de vies chaque année.

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