Tunisie : 8 ans de prison confirmés pour la militante anti-raciste Saadia Mosbah
La Cour d'appel de Tunis a tranché. Ce mardi 23 juin 2026, la justice tunisienne a confirmé en appel la condamnation de Saadia Mosbah à huit ans de prison ferme et environ 30 000 euros d'amende. Une décision qui douche les espoirs de ses soutiens, qui attendaient une libération immédiate.
Fondatrice de l'association Mnemty (« mon rêve »), Saadia Mosbah est une figure majeure du combat contre le racisme en Tunisie. Son engagement avait notamment contribué à l'adoption, en 2018, d'une loi pionnière contre les discriminations raciales dans le pays. Aujourd'hui âgée de 66 ans, elle est derrière les barreaux depuis plus de deux ans.
Les charges retenues contre elle portent sur des faits de blanchiment d'argent et d'enrichissement illicite via le détournement des facilités accordées à l'activité associative. Des accusations que ses avocats et de nombreuses organisations internationales rejettent catégoriquement. Avant le verdict, Amnesty International avait notamment dénoncé des « accusations infondées » et une instrumentalisation de la justice visant à réduire au silence la société civile.
Le contexte ne trompe personne. L'arrestation de Saadia Mosbah était intervenue peu après une réunion du Conseil de sécurité nationale consacrée à la question migratoire, au cours de laquelle le président Kaïs Saïed avait de nouveau critiqué certaines organisations actives dans ce domaine.
La Cour a par ailleurs accordé le sursis à plusieurs co-accusés, dont Zied Rouine, Amina Boukamcha, Farès Kablaoui et Hiba Abassi , condamnés à deux ans avec sursis. Trois autres membres de l'association ont quant à eux bénéficié d'un non-lieu.
Pour ses défenseurs, ce verdict est un signal clair : en Tunisie, militer pour les droits des migrants et des minorités reste une activité à haut risque.