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Bref S.,
28 Sep 2026 à 09:24

En Afrique du Sud, au Ghana ou ailleurs sur le continent, les tensions xénophobes refont surface avec une intensité inquiétante. Derrière les discours anti-migrants se cache une réalité plus complexe : celle d'États en difficulté qui peinent à répondre aux attentes de leurs populations, et de responsables politiques qui trouvent dans l'étranger un exutoire commode.

Un terreau socio-économique fertile

La première explication est structurelle. Dans les pays d'accueil, les difficultés économiques et sociales créent un terrain propice à la recherche de boucs émissaires.

En Afrique du Sud, la première économie du continent, le chômage officiel dépasse les 32 %, et grimpe à près de 61 % chez les 15-24 ans . Les inégalités restent parmi les plus élevées au monde, et les services publics logement, santé, éducation sont sous forte tension, particulièrement dans les townships .

Dans ce contexte, les immigrés deviennent une cible facile. Une étude du Human Sciences Research Council (HSRC) révèle une dégradation spectaculaire des attitudes : en 2025, seuls 15 % des Sud-Africains se déclaraient prêts à accueillir tous les immigrants, contre 34 % en 2003. À l'inverse, la part de ceux qui n'en veulent aucun est passée de 32 % à 42 % sur la même période .

Le Ghana n'est pas épargné. En juillet 2025, des manifestations ont éclaté à Accra avec des slogans appelant à l'expulsion des Nigérians, accusés de criminalité, de prostitution et de mainmise économique . Une dynamique d'autant plus complexe que les frontières ouest-africaines sont historiquement poreuses et que les communautés nigériane et ghanéenne sont profondément imbriquées.

Des responsables politiques qui attisent les flammes

La xénophobie n'est pas seulement une réaction spontanée à la crise. Elle est souvent instrumentalisée par des acteurs politiques en quête de soutien électoral.

En Afrique du Sud, plusieurs figures publiques ont franchi le pas d'un discours anti-immigrés assumé. Gayton McKenzie, ancien ministre des Sports et dirigeant du parti Patriotic Alliance, a fait l'objet d'une plainte pour incitation à la violence xénophobe après avoir déclaré à la télévision nationale qu'il couperait l'oxygène à un patient étranger pour sauver un Sud-Africain . Le parti au pouvoir, l'ANC, a lui-même été critiqué pour ne pas avoir su répondre à cette crise qui couve depuis des années .

L'Africa Report souligne que la rhétorique anti-étrangers, autrefois marginale, est désormais intégrée au discours politique mainstream en Afrique du Sud, portée par des élus qui lient immigration, criminalité et pression sur les services publics.

L'étranger comme menace existentielle fantasmée

Au-delà de l'économie, la xénophobie repose sur une construction mentale : celle de l'étranger comme menace pour l'identité et la sécurité.

Les études en psychologie sociale montrent que les attitudes xénophobes sont alimentées par ce que les chercheurs appellent la « théorie de la menace intégrée » : les immigrés sont perçus simultanément comme une menace réaliste (concurrence pour les ressources, les emplois) et symbolique (remise en cause des valeurs, de la culture, de l'ordre établi) .

Cette perception est renforcée par des discours qui essentialisent l'étranger. Au Ghana, les protestataires accusaient les Nigérians de « kidnapper et utiliser des gens pour des rituels », ou encore de « dominer les marchés et l'achat de terres » . Des accusations largement infondées, mais qui trouvent un écho parce qu'elles désignent un coupable identifiable.

Le chercheur Jesse Wilson, de l'Université normale de Zhejiang, résume : « Le mouvement actuel n'a qu'un seul objectif : chasser les autres Africains d'Afrique du Sud, prendre leurs emplois et leurs boutiques, et les remettre à ceux qui prétendent que les Africains leur ont volé leur gagne-pain » .

Un échec de l'État, pas des migrants

La responsabilité profonde incombe aux États. Comme le souligne Mcebisi Jonas, président du groupe MTN et ancien vice-ministre des Finances sud-africain :

« Les étrangers peuvent partir demain, les inégalités seront toujours là. Les étrangers peuvent partir demain, le chômage sera toujours là. Les étrangers peuvent partir demain notre police restera corrompue. » 

Le vrai problème, selon lui, est la défaillance de l'État : incapacité à gérer les frontières, à faire appliquer la loi, à fournir des services publics de qualité, à créer des emplois. Les migrants ne sont que le symptôme visible d'un mal plus profond.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a lui-même reconnu que des forces extérieures pourraient attiser les tensions, tout en appelant à ne pas céder à la « xénophobie et l'afrophobie » .

Une fracture historique et mémorielle

En Afrique du Sud, la xénophobie résonne avec une histoire douloureuse. Le pays doit sa libération à la solidarité des nations africaines, qui ont accueilli les combattants de l'ANC en exil et porté la lutte contre l'apartheid sur la scène internationale . Le « dompas » ce document que les Noirs devaient porter sous l'apartheid pour circuler — est aujourd'hui réincarné, selon certains militants, dans les contrôles d'identité imposés par des groupes comme Operation Dudula dans les townships .

Cette dimension mémorielle rend la xénophobie en Afrique du Sud particulièrement douloureuse : elle oppose des Africains à d'autres Africains, dans un pays qui s'est construit sur la promesse de la « nation arc-en-ciel ».

Comment briser le cycle ?

Les solutions existent, mais elles sont structurelles et de long terme.

Responsabiliser les dirigeants : les discours de haine doivent être poursuivis. En Afrique du Sud, la loi contre les crimes de haine et les discours haineux existe ; son application reste insuffisante .

Améliorer les services publics pour tous : réduire la perception de concurrence passe par une meilleure distribution des ressources, y compris dans les townships .

Transformer le discours public : les médias et la société civile doivent contrer les stéréotypes et valoriser les contributions des migrants, comme le recommande le HSRC. Renforcer les capacités institutionnelles : sans État fonctionnel, les populistes continueront de prospérer sur le désespoir.

L'étranger devient bouc émissaire parce qu'il est facile à désigner dans un contexte où les responsabilités sont diffuses. Mais comme le rappelle Mcebisi Jonas, le départ des étrangers ne résoudra rien. La crise xénophobe en Afrique est d'abord une crise de gouvernance et de solidarité.

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