Au moins 24 véhicules ont été incendiés et plusieurs commerces tenus par des étrangers ont été pillés jeudi à Soweto et Durban, lors de violences anti-migrants. Le gouvernement accuse de fausses informations liées à une décision de justice d'avoir attisé la colère.
Les scènes de violence
Durban (KwaZulu-Natal) : des manifestants se sont rassemblés devant un centre d'accueil pour réfugiés, exigeant l'arrêt du traitement des demandes d'asile. Selon la police, au moins 14 véhicules ont été incendiés dans le centre-ville, un bâtiment municipal a été la cible d'un incendie criminel, et un hôtel ainsi qu'un entrepôt ont été partiellement endommagés. Les forces de l'ordre ont tiré des balles en caoutchouc pour disperser la foule et ont arrêté trois ressortissants étrangers soupçonnés d'avoir agressé un manifestant sud-africain.
Soweto (Gauteng) : au moins 10 véhicules ont été incendiés devant les bureaux du Home Affairs. Des coups de feu ont été signalés sur place. Les affrontements ont opposé des habitants à des commerçants étrangers, dont les petites boutiques ont été pillées. Le porte-parole de la police métropolitaine du Gauteng, Xolani Fihla, a indiqué que la police avait reçu des signalements de tirs en direction des manifestants, ce qui a déclenché des représailles et l'incendie de véhicules. Aucun bilan humain n'a été signalé dans l'immédiat.
La directive à l'origine de la crise
Les violences trouvent leur origine dans une directive publiée le 28 septembre par le ministère de l'Intérieur, demandant aux centres d'accueil pour réfugiés de traiter les demandes d'asile de toutes les personnes entrant sur le territoire, y compris celles en situation irrégulière.
Cette décision faisait suite à un arrêt de la Cour constitutionnelle du 7 juillet, qui avait jugé inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi sur les réfugiés. Ces dispositions empêchaient des personnes d'accéder à la procédure d'asile pour des motifs purement procéduraux entrée illégale, absence de visa de transit, non-présentation dans les délais. La Cour avait ordonné que ces personnes puissent déposer une demande, sans pour autant leur accorder automatiquement le statut de réfugié ou un droit de séjour.
Cette distinction a toutefois été largement déformée dans l'espace public. Le porte-parole du gouvernement, William Baloyi, a accusé certains de diffuser délibérément de fausses informations, laissant croire que les migrants sans papiers obtiendraient automatiquement une régularisation.
La réponse du gouvernement
Retrait de la directive : le ministère de l'Intérieur a officiellement retiré, vendredi 9 octobre, la directive du 28 septembre. Dans un communiqué, il explique que sa mise en œuvre a « immédiatement entraîné des conséquences graves et imprévues », les bureaux des réfugiés ayant été submergés en quelques jours, exposant leurs agents à des risques et menaçant « gravement la sécurité publique et l'ordre social ».
Clarification : la commissaire de police par intérim, Puleng Dimpane, a condamné les violences, rappelant que « le droit d'exprimer des préoccupations et de manifester ne signifie pas que quiconque a le droit de commettre des actes criminels ». Le comité interministériel sur l'immigration, présidé par la ministre de la Justice Mmamoloko Kubayi, a souligné que l'arrêt de la Cour « ne doit pas être interprété comme une légalisation des migrants en situation irrégulière », toutes les demandes devant être examinées au cas par cas.
Engagement de poursuites : les autorités ont promis de traquer tous les auteurs de violences, de pillages ou de destructions.
Un contexte de violences récurrentes
Les violences anti-migrants en Afrique du Sud durent depuis près de vingt ans. Les attaques xénophobes de 2008 avaient fait plus de 60 morts et déplacé des dizaines de milliers de personnes.
Cette année, des groupes anti-migrants comme Operation Dudula ont organisé plusieurs manifestations, exigeant le départ des migrants sans papiers avant le 30 juin. Selon la police, au moins quatre migrants ont été tués lors de violences liées à ces mobilisations, qui ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir, certaines rentrant chez elles via des programmes de rapatriement.
Les analystes soulignent que le taux de chômage supérieur à 33 % et la pauvreté généralisée constituent le terreau de cette xénophobie récurrente. Les ressortissants étrangers, principalement originaires du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi et du Nigeria, sont régulièrement accusés de « voler des emplois » et de « saturer les services publics », des accusations que les chercheurs jugent largement infondées.
Réaction internationale
L'ambassade de Chine en Afrique du Sud a publié le 9 octobre un avis de sécurité, appelant ses ressortissants et les entreprises chinoises à suivre de près l'évolution de la situation, à éviter les zones de troubles et à privilégier leur sécurité en cas d'incident, tout en contactant la police locale et l'ambassade si nécessaire.