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Bref S.,
13 Oct 2026 à 10:52

Une enquête conjointe de la BBC et du Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) révèle que des documents comptables ont été falsifiés et antidatés pour dissimuler des actifs de Roman Abramovich et lui permettre d'échapper à des millions de dollars d'impôts à Chypre.

La méthode : l'antidatage des documents

Le cœur du stratagème repose sur le backdating, une technique consistant à donner à des documents une date antérieure à leur création réelle afin de créer une fausse piste administrative.

L'enquête a identifié plus de 1 000 documents antidatés concernant plus de 100 sociétés liées à l'oligarque entre 1999 et 2013 . Ces documents ont ensuite été utilisés pour justifier des états financiers trompeurs, signés par Deloitte à Chypre.

Cas concrets de fraude fiscale présumée

Deux dossiers principaux illustrent le mécanisme :

1. La disparition de 672 millions de dollars d'actifs (Amiscan Investments)

En 2006, une nouvelle loi chypriote sur la transparence menace d'exposer les biens de luxe d'Abramovich (villas, jets privés, le yacht Pelorus d'une valeur de 147,5 millions de dollars) inscrits dans sa société Amiscan Investments.

Pour contourner cette loi, ses associés ont produit des documents antidatés de trois ans, faisant croire à un transfert de ces actifs vers une société mère aux Îles Vierges britanniques dès 2003 . Résultat : les comptes publiés n'affichaient plus que 75 000 dollars d'actifs, au lieu des 672 millions initiaux.

2. L'évasion fiscale sur les intérêts (Kravin Investments)

La société Kravin Investments détenait près de 2 milliards de dollars en 2003, générant des intérêts normalement imposables à Chypre.

Des échanges de 2005 entre MeritServus et les associés d'Abramovich montrent qu'un plan a été élaboré, après réunion avec Deloitte, pour modifier les états financiers de 2003 et 2004 . Des documents antidatés ont ensuite fait apparaître que Kravin ne détenait ces fonds qu'en tant que fiduciaire pour une société des Îles Vierges britanniques, Kelvedon Worldwide . Cette falsification a effacé les 2 milliards du bilan de Kravin, et avec eux, la dette fiscale.

 La qualification juridique

Maître Andrew Mitchell KC, expert en droit des services financiers, a qualifié ces arrangements de « pure évasion fiscale » , estimant que « cela ne pouvait pas être plus flagrant » . Selon lui, si de tels faits s'étaient produits en Angleterre pour des montants similaires, le fisc britannique envisagerait des poursuites pénales.

Les positions des parties

Deloitte Chypre affirme agir « en conformité avec les lois applicables » et déclare ne plus pouvoir commenter ces documents vieux de plus de 20 ans.

Les avocats d'Abramovich nient toute évasion fiscale ou dissimulation. Ils soutiennent que leur client n'était pas impliqué dans la gestion quotidienne de ces sociétés et qu'il était légitime de se fier aux conseils de professionnels de la stature de Deloitte .

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