En novembre 2013, Alex Lewis, un père de famille britannique de 33 ans, pensait souffrir d'une simple grippe. Dix jours plus tard, une infection invasive à streptocoque A l'avait privé de ses quatre membres et d'une partie de son visage. Les médecins lui avaient donné moins de 3 % de chances de survie.
Une dégradation foudroyante
Tout commence par ce que Lewis appelle lui-même une « man flu » une grippe d'homme, bénigne en apparence. Il tient un pub à Winchester avec sa compagne Lucy, et son fils Sam, âgé de 2 ans, est lui aussi souffrant. Rien d'inquiétant, pense la famille.
Puis les symptômes s'aggravent brutalement. Lewis commence à uriner du sang, sa peau prend une teinte violacée et marbrée. Le 17 novembre 2013, il est transporté en urgence à l'hôpital de Winchester. Le diagnostic tombe : une infection à streptocoque du groupe A a pénétré profondément dans ses tissus et ses organes, déclenchant une septicémie et une défaillance multiviscérale. Lucy se souvient de cette nuit où elle a été priée de lui dire adieu : ses reins lâchaient, et il allait être placé sous assistance vitale.
L'amputation, seule issue
Lewis passe une semaine dans le coma. Lorsqu'il se réveille, ses jambes et son bras gauche sont déjà en train de noircir. La gangrène progresse vers sa taille . Pour stopper la propagation de l'infection, les chirurgiens n'ont d'autre choix que d'amputer. Le bras gauche part le premier, au-dessus du coude. Puis les deux jambes, successivement, au-dessus du genou.
Les médecins tentent de sauver son bras droit, le dernier membre restant. Une opération de 17 heures et demie est menée le soir de Noël 2013 : les chirurgiens prélèvent 42 centimètres de peau, de muscle et de nerfs sur son omoplate gauche pour reconstruire le bras . Mais quelques mois plus tard, dans son sommeil, Lewis roule sur le bras affaibli et le brise net. Il est amputé au niveau du coude.
Le visage ravagé
L'infection ne s'est pas arrêtée aux membres. Elle a détruit ses lèvres et une partie de son nez. Les chirurgiens ont dû reconstruire sa bouche à partir de tissus prélevés sur son épaule. Lewis plaisante sur le résultat, disant ressembler à un personnage des Simpson. Au total, il subira plus de 100 heures de chirurgie et une trentaine de greffes de peau.
« Voir mon fils grandir »
Malgré l'ampleur des pertes, Lewis s'accroche à une raison de vivre : son fils Sam. Pendant des mois, l'enfant, effrayé par l'apparence de son père, refuse de l'approcher. Lewis confie que c'est ce qui le touche le plus profondément : « Ce que les gens ne pouvaient pas voir, c'était l'impact que cela avait sur ma vie de famille ».
Il décrit sa démarche comme une tentative de « reconstruire cette proximité » avec son fils, de « faire le plus grand effort possible pour ressembler et être l'ancien moi » . Il déclare : « Pour moi, traverser cela sans mon petit garçon, je ne peux pas imaginer où je serais maintenant. Il est un facteur majeur, ce garçon ».
Une reconstruction hors norme
Lewis a depuis appris à marcher sur des prothèses, à reprendre son métier de designer d'intérieur, et a même gravi le Ras Dashen, le plus haut sommet d'Éthiopie, en 2018 . En 2023, il confiait au Daily Mail : « Je perds mes quatre membres à cause d'une bactérie mangeuse de chair et j'adore la vie ».
Il résume son parcours d'une phrase qui dit tout de sa résilience : « Les deux dernières années ont été les plus tragiques mais aussi les plus brillantes de ma vie ».