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Bref S.,
28 Oct 2026 à 11:26

Un père de famille malgache de 36 ans, sans aucune expérience militaire, est mort sur le front ukrainien le 12 août 2026, dès son premier jour de déploiement. Sa famille dénonce une escroquerie et réclame le rapatriement de son corps, selon une enquête du Monde révélée le 20 octobre.

Le récit d'une mort annoncée

Parti d'Antananarivo à la mi-juillet 2026, le trentenaire, père de cinq enfants, avait été recruté avec la promesse d'un salaire élevé et de la nationalité russe pour une « simple mission de surveillance » . Il est mort le 12 août dans une attaque de drones qui a tué une quinzaine de soldats, tous étrangers, dont plusieurs Malgaches . C'est la première fois depuis le début de la guerre que le décès d'un Malgache enrôlé dans l'armée russe est formellement documenté.

Sa sœur a accepté de s'exprimer pour la première fois, dénonçant une escroquerie et exigeant le rapatriement du corps. Elle a toutefois demandé que le nom complet de son frère ne soit pas davantage étalé dans la presse, bien qu'il ait circulé sur les réseaux sociaux.

Un recrutement inédit à Madagascar

Ce drame met en lumière une campagne de recrutement russe jusqu'ici discrète dans la Grande Île. Selon Bloomberg, citant des renseignements ukrainiens, la Russie a étendu son recrutement militaire à Madagascar pour la première fois depuis le début de l'invasion à grande échelle . Ce canal s'est ouvert après le coup d'État militaire de 2025 et le rapprochement entre le colonel Michaël Randrianirina et Moscou. Le dirigeant malgache a rencontré Vladimir Poutine à Moscou en février 2026, et la Russie a depuis fourni équipements militaires et vivres, tout en formant les troupes malgaches.

L'Afrique, réservoir de recrues

Madagascar n'est qu'un maillon d'un phénomène bien plus vaste. Selon les données ukrainiennes, 45 959 étrangers de 151 pays ont signé des contrats avec l'armée russe, dont 5 451 Africains. Entre janvier et septembre 2026, le recrutement a explosé dans plusieurs pays : 699 Burundais (contre 30 pour toute l'année 2025), 530 Zimbabwéens (contre 65), avec des hausses significatives en RDC, en Sierra Leone, au Soudan et au Cameroun.

Les méthodes sont rodées : les intermédiaires ciblent les pays les plus pauvres, promettent des emplois civils (restauration, transport), des primes à la signature et la nationalité russe. Certains recrutés ne découvrent la réalité de leur engagement qu'une fois sur place, souvent contraints de signer des documents dans une langue qu'ils ne comprennent pas.

Une qualification de trafic d'êtres humains

Le 26 octobre, la Commission indépendante d'enquête de l'ONU sur l'Ukraine a conclu que les autorités russes se livrent à un trafic de personnes depuis 29 pays, utilisant « la tromperie ou la coercition » pour les enrôler dans l'armée. Les recrutés africains sont principalement déployés en première ligne pour des assauts, et ceux qui refusent subissent détentions, passages à tabac et menaces de mort, selon la Commission.

Le Kremlin n'a jamais reconnu publiquement le recrutement de combattants étrangers, affirmant disposer d'effectifs suffisants.

Un père de cinq enfants, parti pour nourrir sa famille avec la promesse d'un salaire et d'un passeport, est mort en une journée sur un front dont il ignorait tout. Sa famille réclame aujourd'hui seulement que son corps rentre à Madagascar. Dans les bilans de Moscou, il n'est qu'un chiffre parmi 5 451.

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