L'ancien président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, renversé par un coup d'État militaire en novembre 2025, a annoncé son intention de revenir dans son pays pour se porter candidat à l'élection présidentielle du 6 décembre 2026. Exilé au Maroc depuis dix mois, il promet un retour « au bercail », sans toutefois en préciser la date.
Un coup d'État annoncé par le président lui-même
Le 26 novembre 2025, alors que la Guinée-Bissau attendait les résultats provisoires des élections présidentielle et législatives tenues trois jours plus tôt, des tirs retentissent près du palais présidentiel à Bissau. Umaro Sissoco Embaló, alors président sortant et candidat à sa réélection, contacte lui-même des journalistes de France 24 pour annoncer qu'il vient d'être renversé.
« J'ai été renversé. Je ne peux pas en dire plus, sinon ils vont me prendre mon téléphone. Je suis à l'état-major en ce moment », déclare-t-il à la chaîne française.
Le général Denis N'Canha, chef de la maison militaire de la présidence, annonce à la presse qu'un « Haut commandement militaire pour la restauration de l'ordre » a pris le contrôle du pays, suspend le processus électoral, ferme les frontières et instaure un couvre-feu.
Un exil en plusieurs étapes
Dans la nuit du 26 au 27 novembre 2025, Embaló est exfiltré vers Dakar par une opération d'urgence conduite par le Sénégal à l'initiative des chefs d'État de la CEDEAO. Il transite ensuite par Brazzaville, en République du Congo, avant de rejoindre Rabat, au Maroc, où il demande l'asile politique.
Le général Horta N'Tam, jusque-là chef d'état-major de l'armée de terre et présenté comme un proche d'Embaló, est nommé président de la transition pour une période d'un an.
Une transition controversée
Dès le lendemain du putsch, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko met en doute la réalité du coup d'État, évoquant une « combine politique » orchestrée pour empêcher la transmission du pouvoir. L'opposition bissau-guinéenne, menée par Fernando Dias da Costa, affirme avoir remporté l'élection présidentielle avec environ 52 % des voix et accuse Embaló d'avoir « planifié » le coup d'État pour éviter sa défaite.
En janvier 2026, la junte fixe par décret la date des élections législatives et présidentielles au 6 décembre 2026, dans le cadre de la Charte politique de la transition approuvée le 27 novembre 2025. Un référendum constitutionnel organisé le 30 août 2026 approuve à 70 % des suffrages le passage à un régime présidentiel fort, remplaçant le système semi-parlementaire en vigueur.
L'annonce du retour
Le 27 septembre 2026, depuis son exil marocain, Umaro Sissoco Embaló annonce à l'Agence France-Presse qu'il sera « candidat à la présidentielle » du 6 décembre.
« Je serai candidat pour la présidentielle », déclare-t-il, promettant de revenir « au bercail », sans préciser la date de son retour.
Quelques heures plus tard, sur les réseaux sociaux, il annonce son « retour volontaire au pays » pour le 4 octobre 2026, appelant à ce que son arrivée se déroule « dans un environnement d'harmonie, de tolérance et de respect mutuel».
« La Guinée-Bissau est notre patrie et elle nous appartient à tous. Indépendamment de nos positions ou de nos options politiques, nous devons préserver la paix sociale, renforcer l'unité et placer l'intérêt national au-dessus des différences », écrit-il.
La réaction de la junte
Interrogé la semaine précédente sur un éventuel retour d'Embaló, le président de transition Horta N'Tam avait adopté une position ouverte : « Chaque Guinéen est libre de revenir dans son pays s'il n'a rien à se reprocher. Même ceux qui m'insultent sur les réseaux sociaux peuvent revenir s'ils le désirent ».
Selon Malam Cissé, analyste politique cité par l'AFP, « juridiquement, rien ne s'oppose au retour d'Umaro Sissoco Embalo en Guinée-Bissau. Il a été chassé du pouvoir par un coup d'État. Il n'a pas non plus signé de document pour renoncer au pouvoir ».
Le retour annoncé d'Embaló, dix mois après son renversement, ajoute une nouvelle couche d'incertitude à une transition déjà marquée par les contestations et les soupçons. Reste à savoir si son arrivée effective, prévue le 4 octobre, se déroulera sans incident et si sa candidature sera validée par les autorités de transition.