Le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya et ses forces spéciales renversaient le président Alpha Condé, promettant une "refondation" de l'État et un retour rapide du pouvoir aux civils . Cinq ans plus tard, l'ancien putschiste a troqué l'uniforme de chef de la junte contre celui de président élu avec plus de 86 % des voix, lors d'un scrutin boycotté par les principaux partis d'opposition . Un bilan profondément contrasté, entre performances économiques et régression des libertés publiques.
Une transition politique contestée
Promesse initiale : Mamadi Doumbouya s'était engagé à ne pas s'éterniser au pouvoir et à restituer ce dernier aux civils . Cinq ans après, il est président, et son pouvoir s'est consolidé.
· Élection présidentielle : Le scrutin du 28 décembre 2025, remporté par Doumbouya avec 86,72 % des suffrages, a été marqué par l'absence des grands partis d'opposition .
· Réhabilitation internationale : Cette élection a permis à la Guinée de retrouver sa place au sein de l'Union africaine (janvier 2026) et de la Cédéao, qui a levé ses dernières sanctions .
L'opposition, comme le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dénonce une "confiscation" du pouvoir et un bilan "accablant" .
Des performances économiques, portées par le secteur minier
Le bilan économique est le principal motif de satisfaction du pouvoir. La Guinée est devenue la première destination des investissements directs étrangers en Afrique subsaharienne, grâce à des engagements massifs dans le secteur minier . D'importants investissements dans les infrastructures accompagnent cette dynamique . Doumbouya affirme avoir œuvré pour le recul de l'ethnocentrisme et le renforcement du "vivre-ensemble" .
Justice et droits humains : un bilan sévèrement critiqué
Le volet politique et des droits humains suscite les critiques les plus vives, qui viennent contrebalancer les bons résultats économiques.
· Libertés publiques restreintes : Les manifestations sont toujours interdites, et les voix critiques dénoncent un recul de la liberté d'expression et de circulation .
· Disparitions forcées et fosses communes : Près de 30 disparitions forcées sont dénoncées, dont celles des figures de l'opposition Foniké Menguè et Billo Bah . La récente découverte d'une fosse commune dans la région de Forécariah a relancé les inquiétudes, sans qu'aucune avancée dans l'enquête n'ait été annoncée .
· Indépendance de la justice en question : Le président Doumbouya avait fait de la justice sa "boussole" . Pourtant, le juge Algassimou Diallo, connu pour son rôle clé dans le procès du massacre du 28 septembre 2009, a été radié par le président, puis placé en détention.
Mohamed Lamine Souaré, coordinateur du FNDC en France, résume l'avis de l'opposition : "Dans tous les secteurs, c'est la catastrophe" .
Cinq ans après le putsch, le bilan de Mamadi Doumbouya reste profondément clivant. Si les chiffres de l'économie et du secteur minier plaident en sa faveur, les restrictions des libertés publiques et les graves atteintes aux droits humains ternissent son image et alimentent un climat de défiance durable.