Un rapport du Centre d'analyse historique et de recherche sur les conflits de l'armée britannique (CHACR) dresse un constat alarmant sur la situation sécuritaire au Sahel. Selon cette analyse, le recul de l'autorité des États profite aux groupes armés, qui multiplient les attaques coordonnées et étendent leur influence sur des territoires entiers.
Un vide institutionnel exploité par les groupes armés
Le rapport britannique estime que la faiblesse des institutions dans les pays du Sahel constitue le principal facteur d'aggravation de l'insécurité. Ce vide profite directement à des groupes comme le JNIM, l'État islamique au Sahel et le Front de libération de l'Azawad (FLA), qui cherchent à étendre leur influence dans les zones où l'autorité des États recule.
Ces organisations armées exploitent les fragilités étatiques pour renforcer leur emprise sur les populations et les territoires, transformant progressivement le conflit en une compétition pour le contrôle des ressources et des populations.
Des attaques coordonnées d'un niveau "inédit"
Le rapport cite en particulier les attaques coordonnées menées en avril 2026 contre plusieurs villes maliennes, dont Sévaré, Gao, Kidal, Kati et Bamako. Une offensive d'ampleur à laquelle ont participé à la fois le JNIM et le FLA, deux groupes pourtant aux objectifs et aux idéologies différents.
Le CHACR qualifie le niveau de coordination de ces opérations d'"inédit", soulignant une évolution majeure dans la nature du conflit. Cette convergence d'actions entre groupes jihadistes et mouvements indépendantistes témoigne d'une recomposition des alliances sur le terrain, rendant la réponse des États et de leurs partenaires internationaux plus complexe.
Un cocktail explosif : climat, démographie et ressources
Au-delà du facteur sécuritaire, le rapport identifie plusieurs facteurs structurels qui pourraient aggraver la crise dans les années à venir :
· La pression démographique, avec une population jeune et en croissance rapide
· Le changement climatique, qui accentue la raréfaction des ressources en eau et en terres agricoles
· La concurrence pour les ressources, source de tensions communautaires
Ces éléments, combinés à l'instabilité politique chronique de la région, créent un terreau favorable à l'expansion des groupes armés.
La Russie en difficulté face à l'expansion jihadiste
Le rapport s'intéresse également au rôle de la Russie dans la région. Malgré le maintien de sa présence militaire, notamment via l'Africa Corps qui a pris la suite du groupe Wagner, Moscou peinerait à contenir l'expansion des groupes armés. Cette analyse contraste avec le discours des autorités sahéliennes, qui présentent le partenariat russe comme un élément clé de leur stratégie de reconquête sécuritaire. La réalité du terrain, marquée par la persistance des attaques et l'extension des zones d'influence jihadistes, semble toutefois nuancer ce bilan.
Le rapport du CHACR dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire au Sahel, où le vide institutionnel, les facteurs structurels et les limites de la présence militaire étrangère pourraient prolonger durablement la crise.