Une transaction qui a changé le cours de la guerre. Ce que l'ONU révèle aujourd'hui dans un rapport confidentiel présenté au Conseil de sécurité confirme ce que les experts redoutaient depuis des mois : la libération de trois otages enlevés près de Bamako en septembre 2025 a offert au JNIM les moyens de son expansion la plus ambitieuse au Sahel.
L'enlèvement qui a tout déclenché
Le 23 septembre 2025, trois personnes étaient kidnappées à Sanankoroba, localité située à une trentaine de kilomètres au sud de Bamako, dans un aérodrome privé. Parmi les otages figurait Joumaa Ben Maktoum Al Maktoum, général émirati à la retraite, impliqué dans le commerce de l'or au Mali et membre de la famille régnante de Dubaï. Une prise de guerre exceptionnelle pour le JNIM, qui venait de comprendre qu'une nouvelle catégorie de cibles valait de l'or.
Jusqu'ici, les rançons par otage se négociaient « entre six et dix millions de dollars ». Avec ce profil royal et fortuné, le JNIM a fait monter les enchères à un niveau jamais atteint.
50 millions de dollars — et des armes
Les négociations ont été très rapidement enclenchées, via plusieurs intermédiaires, sous l'égide des services maliens de renseignement. La libération a eu lieu le 29 octobre 2025. Une rançon de 50 à 70 millions de dollars a été versée, accompagnée de plusieurs tonnes de matériel militaire — véhicules et armement et d'un échange de prisonniers.
Selon des informations révélées par Reuters, les Émirats arabes unis auraient directement orchestré ce paiement, présenté au Conseil de sécurité de l'ONU à huis clos. Bien que le document onusien ne nomme pas explicitement le pays payeur, trois sources régionales concordantes ont confirmé l'implication d'Abou Dhabi.
L'argent qui a financé l'offensive sur Bamako
La suite est glaçante. Selon les spécialistes, cette somme aurait financé la grande offensive d'avril 2026 au Mali, relançant les soupçons de soutien souterrain d'Abou Dhabi aux groupes jihadistes du Sahel central. Une partie des fonds aurait été redistribuée aux katibas du JNIM opérant à travers le Sahel, tandis qu'une autre portion aurait bénéficié à AQMI, à la direction centrale d'Al-Qaïda et à Al-Qaïda dans la péninsule Arabique.
Selon les rapports du Conseil de sécurité de l'ONU et des services antiterroristes sahéliens, les rançons versées entre 2015 et 2025 se chiffrent à des centaines de millions de dollars, souvent réglées par des États ou par des entités privées mandatées.
L'ironie tragique
L'argent versé pour libérer un membre de la famille régnante de Dubaï a donc armé les hommes qui assiègent aujourd'hui Bamako. Le JNIM, fort de cette manne financière, impose depuis lors un embargo sur les importations de carburant vers la capitale malienne, déclenchant une pénurie et paralysant l'économie. Une rançon pensée comme un acte de sauvetage humanitaire s'est transformée en arme de déstabilisation régionale. Le Sahel paye le prix fort d'une diplomatie de l'ombre qui, à chaque otage libéré, renforce un peu plus ses propres ennemis.