Le Front de libération de l’Azawad (FLA) sort du silence. Le groupe séparatiste touareg a confirmé, par la voix de son porte-parole, l’existence de contacts directs avec les mercenaires russes de l’Africa Corps, tout en assumant sa coopération militaire avec le JNIM, affilié à Al-Qaïda. Une double révélation qui éclaire d’un jour nouveau la complexité du conflit malien.
Des contacts avec l’Africa Corps « dans certains contextes »
Interrogé par Middle East Eye, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, a reconnu des échanges directs avec l’Africa Corps, la structure russe qui a remplacé Wagner au Mali .
« Je peux confirmer qu’il y a eu des contacts directs dans certains contextes, notamment autour de questions liées aux mouvements, aux retraites et à la situation dans certaines zones », a-t-il déclaré.
Le porte-parole insiste toutefois sur la nature strictement opérationnelle de ces échanges : « Dans un conflit, il existe parfois des canaux de communication avec l’adversaire pour éviter des incidents, gérer certaines situations ou faciliter des arrangements ponctuels. Cela ne signifie pas que les objectifs politiques des parties soient devenus compatibles. »
Ces contacts ne datent pas d’hier. Fin avril 2026, lors de l’offensive éclair du FLA et du JNIM sur Kidal, les forces russes retranchées dans le camp militaire avaient négocié leur retrait sous escorte des rebelles, avant d’être évacuées vers Tessalit . Environ 400 hommes auraient ainsi quitté la ville sans combat.
Plus récemment, en août 2026, la Russie a dû recourir à une médiation régionale impliquant la Libye et le Togo pour obtenir la libération de deux anciens combattants de Wagner capturés à Tinzaouaten en juillet 2024 . Une négociation qui, de facto, s’est faite avec le FLA, pourtant qualifié de « terroriste » par Bamako et Moscou.
Une alliance assumée avec le JNIM
Le FLA ne cache pas non plus sa coopération militaire avec le JNIM. Celle-ci a été rendue publique dès le 25 avril 2026, lorsque les deux groupes ont mené des attaques coordonnées contre six villes maliennes, dont Kidal, Gao et Sévaré . Le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué lors de l’assaut contre sa résidence .
Cette alliance, qualifiée de « contre-nature » par plusieurs observateurs, repose sur un ennemi commun : l’armée malienne et ses alliés russes .
« Les séparatistes touaregs et le JNIM combattent ensemble parce qu’ils partagent un ennemi commun : les forces armées maliennes et leurs partenaires russes de l’Africa Corps », explique Héni Nsaibia, analyste pour ACLED, cité par Al Jazeera .
Les deux groupes agissent comme des « multiplicateurs de force », mutualisant ressources et efforts pour affronter un adversaire mieux équipé. Ils partagent également des liens de parenté et se considèrent comme « fils de la terre, défendant leur territoire ancestral contre des forces d’invasion » .
Une alliance fragile, des objectifs divergents
Cette coopération reste néanmoins minée par des divergences idéologiques profondes. Le FLA lutte pour l’indépendance d’un État laïc en Azawad, tandis que le JNIM poursuit l’instauration d’un ordre islamique . Des sources citées par l’Institute for Security Studies (ISS) estiment que le leader du JNIM, Iyad Ag Ghali, chercherait à affaiblir le FLA pour l’incorporer progressivement à son organisation, renforçant ainsi l’autorité de sa tribu Ifoghas dans le nord du Mali . Une manœuvre qui divise le FLA entre partisans d’une fusion avec le JNIM et ceux qui prônent une coordination strictement militaire.
Le FLA lui-même semble traversé par ces tensions. Son leader, Alghabass ag Intalla, serait favorable à un rapprochement avec le JNIM, tandis que Bilal ag Acherif et son entourage limiteraient les liens à une coordination tactique, craignant que l’association avec un groupe terroriste ne ternisse leur cause politique .
Un conflit redéfini
Cette double révélation contacts avec l’Africa Corps et alliance avec le JNIM illustre la complexité croissante du conflit malien. Le FLA navigue entre des ennemis officiels qu’il affronte sur le terrain et des interlocuteurs avec lesquels il négocie lorsque les circonstances l’exigent.
Pour Bamako, qui exclut tout dialogue avec le FLA et le JNIM, qualifiés de « groupes terroristes sous sanctions de l’ONU » , cette configuration rend la réponse militaire d’autant plus difficile. Les groupes armés exploitent les failles d’un dispositif sécuritaire qui, malgré l’appui russe, n’a pas réussi à reprendre durablement le contrôle du nord du pays.
Le FLA, de son côté, assume sa stratégie : « Toutes les confrontations que nous avons eues avec les Russes, nous les avons gagnées », déclarait Ramadane en avril dernier . Une affirmation à nuancer, mais qui traduit la détermination d’un mouvement qui a fait de la lutte contre l’armée malienne et ses alliés russes son principal axe stratégique.