Et si l’Éthiopie était en train de replonger dans son pire cauchemar ? Dans une interview publiée les 1er et 2 octobre 2026, le chercheur du CNRS Mehdi Labzaé alerte sur le risque d’une famine qui pourrait atteindre une ampleur comparable à celle de 1984 dans le nord du pays. Son inquiétude intervient alors que les combats ont repris dans le Tigré, quatre ans après l’accord qui avait mis fin à une guerre dévastatrice. Selon lui, la combinaison de la reprise des affrontements, d’un important déficit de précipitations et des restrictions qui compliquent l’accès humanitaire pourrait provoquer une nouvelle catastrophe.
Le danger est d’autant plus sérieux que la région sort à peine de plusieurs années de guerre et reste extrêmement vulnérable. L’Organisation mondiale de la santé estime que plus de 20 millions de personnes ont besoin d’aide en Éthiopie, dont 5,2 millions au Tigré, tandis que les besoins alimentaires et nutritionnels restent particulièrement élevés dans le Tigré, l’Amhara et l’Afar. De son côté, FEWS NET prévoit encore des situations de crise alimentaire dans plusieurs zones affectées par les conflits et les mauvaises récoltes. La reprise des combats complique davantage l’accès aux populations et aux produits essentiels.
Et la situation militaire continue justement de se détériorer. Fin septembre, les forces pro-gouvernementales avaient repris la ville stratégique d’Alamata. Début octobre, elles ont également repris l’aéroport de Mekelle, alors que les affrontements se rapprochaient de la capitale du Tigré et que les communications étaient perturbées. Pour l’instant, personne ne peut affirmer qu’une famine comparable à celle de 1984 va se produire. Mais l’avertissement de Mehdi Labzaé intervient au moment où plusieurs facteurs qui avaient aggravé la catastrophe historique — conflit, sécheresse et difficultés d’accès aux populations — réapparaissent dans le nord du pays.