Patrice Motsepe traverse la période la plus difficile de son mandat. En quelques jours, le président de la CAF a accumulé les couacs qui alimentent les rumeurs d'un isolement croissant au sein des instances du football mondial et les langues commencent à se délier.
Le premier épisode a fait le tour du monde. Lors de sa conférence de presse du 22 juillet à Johannesburg, Motsepe a clairement annoncé que la CAN 2027 passerait de 24 à 28 équipes : "Nous avons augmenté le nombre de participants à la prochaine édition de la CAN." Une déclaration immédiatement relayée par des dizaines de médias africains. Sauf que le lendemain, la CAF a publié un communiqué officiel pour contredire son propre président : "Le Président de la CAF a confirmé que la CAN 2027 réunira 24 équipes nationales." Motsepe avait-il parlé hors-sujet ? Communiqué sans concertation ? Peu importe la confusion publique était totale, et c'est l'institution qui a dû rectifier son propre leader.
Mais le vrai signal politique est ailleurs et il vient de Zurich. Lorsque Omar Artan, meilleur arbitre africain 2025, a été refoulé à l'aéroport de Miami pendant le Mondial, Infantino a tenté de minimiser : "C'est malheureux, mais nous ne contrôlons pas tout." La FIFA a regardé passer le train. C'est l'UEFA, l'institution rivale qui a agi. Čeferin a décidé de nommer Artan pour diriger la Supercoupe d'Europe le 12 août à Salzbourg, entre le PSG et Aston Villa : "Le rôle du football est de créer des liens entre les gens, et l'UEFA souhaite exprimer tout son respect à Omar." C'est Motsepe, pas Infantino, qui a remercié Čeferin; "Je suis reconnaissant à mon ami Aleksander Čeferin de lui avoir offert cette opportunité." L'UEFA a précisé que cette désignation s'inscrit dans le cadre d'un mémorandum d'entente signé entre UEFA et CAF, pas FIFA et CAF.
La géopolitique du football africain est en train de se reconfigurer sous nos yeux. Motsepe se rapproche de Čeferin et de l'UEFA pendant qu'Infantino fragilise ses relations africaines avec un Mondial marqué par les scandales. Le départ annoncé de Motsepe avant le prochain Mondial laissera un vide à la tête de la CAF et la question de son successeur sera au cœur des équilibres de pouvoir lors des élections FIFA de 2027. Pour l'heure, un président de la CAF contredit par sa propre institution, qui s'allie à l'UEFA pour contourner la FIFA, c'est le portrait d'un homme qui cherche encore sa place dans le nouvel ordre du football mondial.