La guerre au Burkina Faso a un visage officiel : des communiqués militaires, des drapeaux, des discours sur la souveraineté. Mais elle a aussi un autre visage, celui-là invisible et silencieux celui des hommes qui reviennent du front et ne sont plus tout à fait les mêmes.
Un conflit qui broie les hommes
Depuis 2015, le Burkina Faso est engagé dans une spirale sécuritaire qui n'en finit pas de s'aggraver. En 2026 seulement, les djihadistes ont détruit une base militaire près de Fada N'Gourma tuant au moins 60 soldats, pris d'assaut le camp militaire de Titao faisant une vingtaine de morts, et mené des raids meurtriers contre plusieurs positions des forces armées. Chaque semaine, des soldats partent, certains ne reviennent jamais, d'autres reviennent avec des blessures que personne ne voit.
Le syndrome de stress post-traumatique est la blessure de guerre la plus répandue et la moins prise en charge. Les soldats post-traumatisés se retrouvent confrontés à un tabou profond : entre l'image guerrière que l'armée leur impose et la réalité de leur état intérieur, il y a un gouffre que beaucoup ne savent pas franchir. Les valeurs de solidarité et de fraternité d'armes coexistent avec un silence assourdissant autour de la souffrance psychique, fragilisant le corps d'armée de l'intérieur.
Une armée sans filet de sécurité psychologique
La différence entre les armées occidentales et les forces armées sahéliennes sur ce point est cruelle. En France, c'est seulement en 1992 que le traumatisme psychique a été reconnu comme blessure de guerre ouvrant droit à réparation et des psychiatres militaires sont aujourd'hui déployés en permanence sur le terrain pour accompagner les soldats. Au Burkina Faso, aucun dispositif équivalent n'existe. Les hommes repartent du front avec leurs cauchemars, leurs flashbacks et leurs colères sans accompagnement, sans structure d'accueil, sans reconnaissance officielle de leur souffrance.
L'armée burkinabè a pourtant intensifié ses efforts de recrutement, formant en 2025 un contingent de 4 111 soldats issus majoritairement des Volontaires pour la défense de la Patrie. L'entraînement insiste sur l'endurance physique et la résilience mentale. Mais entre préparer des corps à la guerre et prendre en charge des esprits brisés par elle, il y a un monde que le Burkina Faso n'a ni les moyens ni les structures pour franchir.
Un pays en guerre, une armée à bout
Le conflit burkinabè confronte des soldats souvent jeunes, peu formés, à une guerre asymétrique contre des groupes djihadistes insaisissables, dans des zones reculées, loin de leurs familles, sans ravitaillement régulier ni perspectives de rotation. Les pertes sont lourdes, les victoires rares et éphémères. Le sentiment d'impuissance et d'abandon s'installe. Et quand ces hommes rentrent dans leurs foyers, c'est souvent la cellule familiale qui absorbe ou explose sous le choc de ce qu'ils ont traversé.
La guerre au Burkina Faso compte ses morts sur les champs de bataille. Elle devrait aussi compter ses blessés psychiques dans les foyers. L'urgence humanitaire ne se limite pas aux zones de combat.