L'histoire est à la fois incroyable et embarrassante. Un Camerounais a été arrêté au Liban après avoir mis en place une arnaque aussi audacieuse qu'impie : se faire passer tour à tour pour un chrétien voulant se convertir à l'islam, puis pour un musulman voulant se convertir au christianisme, le tout pour empocher l'argent des « gens de bien ».
Sa méthode était millimétrée. Le matin, il se rendait dans une mosquée d'un quartier de Beyrouth, les larmes aux yeux, prêt à prononcer la chahada. Les fidèles, émus, entonnaient les takbirs et les tahlils, organisaient une fête en son honneur et lui offraient aides et dons en espèces. Mission accomplie, il disparaissait avec le butin.
L'après-midi, même scénario, mais à l'envers. Direction une église d'un autre quartier, où il prétendait être un musulman touché par la grâce, désireux d'embrasser le christianisme. Même émotion, même accueil chaleureux, même cagnotte.
Le Camerounais changeait de zone à chaque fois, évitant soigneusement de croiser deux fois les mêmes personnes. Mais la répétition de son stratagème a fini par éveiller les soupçons. Un habitué des lieux de culte a reconnu son visage, alerté les autorités, et l'homme a été interpellé.
Au Liban, pays où les communautés religieuses tiennent à cœur l'accueil des convertis, cette arnaque fait particulièrement grincer des dents. Car au-delà du montant détourné, c'est la confiance entre communautés qui a été bafouée. L'homme n'a pas volé une banque. Il a volé la foi de ceux qui croyaient faire une bonne action.
Les autorités libanaises enquêtent désormais pour déterminer l'ampleur exacte de ses gains. Entre les takbirs et les alléluia, le roi de l'arnaque religieuse risque désormais de chanter une tout autre mélodie : celle de la prison.