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Bref S.,
14 Sep 2026 à 10:16

En Afrique, près de 150 millions de personnes vivent avec des troubles de santé mentale, mais moins de 10 % des adolescents concernés reçoivent des soins. Le suicide, qui frappe particulièrement les jeunes et les hommes, reste entouré d'un tabou tenace, aggravé par le manque de moyens et la stigmatisation.

Une urgence silencieuse

L'Afrique est la région du monde où le taux de suicide est le plus élevé, avec environ 11,5 décès pour 100 000 habitants. Chez les hommes, ce taux atteint 18 pour 100 000, un record mondial. Les jeunes sont en première ligne : le suicide est l'une des principales causes de décès chez les adolescents africains.

En Côte d'Ivoire, une étude menée entre 2019 et 2021 a recensé 418 suicides et 927 tentatives, avec une prévalence marquée chez les jeunes adultes de 25 à 34 ans. Au Kenya, la décriminalisation du suicide en 2023 a marqué un tournant, mais les défis persistent.

Le poids du tabou et de la honte

La stigmatisation reste le premier obstacle à la prise en charge. Dans de nombreuses communautés, les troubles psychiques sont associés à la sorcellerie, à une faiblesse personnelle ou à une malédiction. Les familles préfèrent souvent consulter un guérisseur traditionnel en silence plutôt que de risquer d'être étiquetées.

En Sierra Leone, Alice Neneh James, directrice d'une plateforme d'ONG, explique : « Quand vous dites publiquement "ma fille, mon mari ou mon ami a des troubles mentaux", il y a un grand risque que toute la famille soit étiquetée. Alors parfois, les gens préfèrent ne rien dire ».

Ce silence tue. Au Liberia, une jeune femme raconte : « Quand j'ai dit à mon père que je souffrais de dépression, il a répondu : "Dieu nous en préserve. Tu es un enfant de Dieu." Nous n'en avons plus jamais parlé ».

Le manque criant de moyens

La région africaine consacre en moyenne 0,07 dollar par habitant à la santé mentale, contre 2,5 dollars au niveau mondial. Le nombre de professionnels spécialisés est dramatiquement insuffisant : environ 1,5 à 2,2 travailleurs de santé mentale pour 100 000 habitants, contre une médiane mondiale de 13,5.

La Sierra Leone ne compte que trois psychiatres pour plus de huit millions d'habitants. En Tanzanie, ils sont 55 pour l'ensemble du pays. Les médicaments psychiatriques sont souvent indisponibles ou trop coûteux pour les familles, qui finissent par abandonner les soins.

Des solutions adaptées aux réalités locales

Face à cette pénurie, des modèles innovants émergent. En Tanzanie, un programme pilote baptisé IDEAS for Hope intègre le dépistage du risque suicidaire directement dans les soins du VIH. Les infirmières posent quelques questions de dépistage, puis connectent les patients en détresse à des psychologues par téléconsultation. Résultat : 88 % des participants ont vu leurs pensées suicidaires disparaître en trois mois, et leur observance du traitement contre le VIH s'est également améliorée.

D'autres initiatives misent sur la communauté et les pairs. Au Kenya, un groupe de jeunes utilise le basketball comme « plateforme de guérison, de soutien par les pairs et de résilience ». En Zambie, le programme Mind Skills de Grassroot Soccer forme des mentors pour porter les conversations que l'école n'atteint pas.

Ce qui fonctionne : les recommandations des experts

Le cadre LIVE LIFE de l'Organisation mondiale de la santé propose quatre axes prioritaires pour prévenir le suicide :

· Restreindre l'accès aux moyens létaux, notamment les pesticides, souvent utilisés dans les tentatives de suicide en milieu rural.

· Promouvoir un traitement médiatique responsable, en évitant les descriptions détaillées et en orientant vers l'aide.

· Renforcer les compétences psychosociales des jeunes, dès l'école.

· Améliorer la détection précoce et la prise en charge, en rapprochant les soins des communautés.

La formation des professionnels non spécialistes (enseignants, infirmiers, agents de santé communautaires) est également jugée essentielle pour combler le déficit de main-d'œuvre.

Des réformes à la traîne

Dans plusieurs pays, le suicide reste pénalisé par la loi, ce qui dissuade les personnes en détresse de demander de l'aide. La dépénalisation est un premier pas, mais elle doit s'accompagner de services accessibles.

Le Sommet ministériel mondial sur la santé mentale, prévu à Kigali en 2027, sera l'occasion pour les pays africains de s'engager sur des objectifs mesurables, notamment en matière de financement domestique et de décentralisation des soins.

Briser le tabou du suicide en Afrique ne se fera pas uniquement par des campagnes de sensibilisation. Cela passera par des services de proximité, des professionnels formés, des médicaments accessibles et une volonté politique de faire de la santé mentale une priorité, au même titre que les maladies infectieuses.

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