L'horreur filmée, l'Afrique en colère. Une vidéo mise en circulation le 3 juin sur les réseaux sociaux tunisiens montre un adolescent dénudant de force une femme subsaharienne enceinte devant sa famille, sous la menace d'un couteau, tout en proférant des menaces de viol collectif. Les images ont provoqué une onde de choc immédiate sur tout le continent africain.
La scène a été tournée à Thyna, en banlieue de Sfax, à l'est de la Tunisie une région devenue l'une des principales plaques tournantes des départs de migrants subsahariens vers la Méditerranée. La vidéo a circulé pendant deux jours avant que les autorités ne réagissent. Ce n'est qu'après l'embrasement des réseaux sociaux que le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé, vendredi soir, l'arrestation des individus identifiés dans la vidéo, précisant que des investigations avaient été ouvertes en l'absence de toute plainte formelle.
La société civile tunisienne, elle, n'a pas attendu. Un collectif d'organisations, de partis politiques et d'associations a publié un communiqué commun qualifiant les faits de "crime effroyable", estimant qu'ils s'inscrivent dans une montée générale des discours racistes et xénophobes en Tunisie. Les signataires pointent directement la responsabilité du discours officiel, affirmant qu'il est impossible de dissocier cette agression du climat créé depuis le communiqué présidentiel de Kaïs Saïed du 21 février 2023 sur l'immigration irrégulière.
Cette affaire révèle la profonde fracture autour de la question migratoire en Tunisie, trois ans après les propos polémiques du président sur les risques de "grand remplacement démographique". Les suspects sont arrêtés. Mais le mal, lui, est bien plus profond.