Event
Bref S.,
07 Sep 2026 à 15:16

Le Nigeria est le premier consommateur de viande de chien en Afrique, et le troisième au monde derrière le Vietnam et la Corée du Sud. Du marché de Dawaki dans le Plateau aux étals de Cross River ou d'Akwa Ibom, le « 404 », surnom donné à cette viande, reste une délicatesse recherchée, portée par des croyances tenaces qui lui prêtent des vertus contre le paludisme ou le poison.

Une pratique ancrée dans les habitudes alimentaires

La consommation de viande de chien est profondément enracinée dans certaines régions du Nigeria, en particulier dans le sud du pays. Les marchés de Cross River, d'Akwa Ibom et du Plateau proposent régulièrement cette viande, considérée comme un mets apprécié par une partie de la population.

Les croyances populaires attribuent à la viande de chien des propriétés médicinales, notamment contre le paludisme ou pour contrer les effets d'un empoisonnement. Ces croyances, bien que non fondées scientifiquement, contribuent à maintenir une demande soutenue.

Un danger sanitaire ignoré

Faute de régulation, le commerce de chiens errants non vaccinés alimente la propagation de la rage. À Calabar, une étude a documenté dix morts en cinq mois directement liées à cette filière, soulignant l'urgence d'une prise de conscience sanitaire.

Le principal problème ne réside pas dans la pratique elle-même, mais dans l'absence totale de normes sanitaires. Les chiens commercialisés sont souvent des animaux errants, non vaccinés, dont l'état de santé n'est contrôlé par aucune autorité.

L'absence de cadre légal

Le Nigeria ne dispose d'aucune loi nationale pour encadrer ou interdire cette pratique. Les assemblées locales d'Akwa Ibom ont récemment balayé toute tentative d'interdiction, illustrant la difficulté à réguler ce commerce.

Cette absence de cadre législatif contraste avec l'évolution des mentalités dans certaines franges de la population. Les classes moyennes urbaines adoptent de plus en plus le chien comme animal de compagnie, exposant une fracture culturelle béante au sein du pays.

Une question de santé publique plutôt que de tabou

Jauger la pratique sous l'angle du tabou occidental serait une erreur de lecture. Le vrai sujet à Abuja, c'est l'incapacité de l'État à imposer des normes sanitaires élémentaires sur ce qui entre dans l'assiette des Nigérians. Tant que les chiens seront commercialisés sans contrôle vétérinaire, le risque sanitaire demeurera. La question n'est pas tant de savoir s'il faut interdire ou autoriser cette viande, mais de garantir que sa consommation ne mette pas en danger la santé publique.

Le Nigeria, premier consommateur africain de viande de chien, se trouve face à un dilemme : concilier des traditions alimentaires profondément ancrées avec les exigences élémentaires de santé publique, dans un pays où l'État peine à réguler ce qui entre dans l'assiette de ses citoyens.

Login with Social Media or Manually

or

Or sign in manually: