Au Gabon, la reprise d’Assala Energy illustre une nouvelle approche du financement des actifs pétroliers stratégiques. Après l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema en 2023, l’État gabonais a décidé de reprendre les actifs d’Assala, alors détenus par le fonds américain Carlyle. La transaction, finalement réalisée en 2024 par l’intermédiaire de Gabon Oil Company (GOC), a été rendue possible grâce à un financement d’environ 1 milliard de dollars accordé par le négociant suisse Gunvor. En contrepartie, Gunvor a obtenu le droit de commercialiser une partie du pétrole produit par les actifs concernés. Le principe est simple : utiliser les revenus futurs de la production pétrolière pour financer l’acquisition d’un actif stratégique.
L’opération était loin d’être anodine. Assala figurait déjà parmi les principaux producteurs de pétrole du Gabon et avait fortement augmenté sa production sous Carlyle, atteignant environ 45 000 barils par jour avant la vente annoncée en 2023. Après son passage sous contrôle gabonais, l’enjeu était donc de maintenir les investissements et d’éviter une baisse de production. Les résultats sont désormais visibles sur plusieurs fronts. En 2024, Assala a consacré 356 millions de dollars aux investissements, foré 18 nouveaux puits et réalisé 34 opérations de reconditionnement. En avril 2026, l’entreprise a également lancé la production du champ de Grand N’Gongui, un projet développé autour d’un programme de 60 puits et dont le potentiel de production est estimé à au moins 10 000 barils par jour à son plateau.
Le dossier Assala montre surtout comment un État producteur peut chercher à mobiliser directement sa ressource naturelle pour financer la reprise d’actifs stratégiques. Mais le modèle comporte aussi ses contraintes : le pétrole futur sert de garantie économique, tandis que la performance de l’opération dépend de la capacité à maintenir la production, investir dans les infrastructures et honorer les engagements financiers. Le Gabon devra donc transformer cette reprise en création de valeur durable pour son économie. Avec le développement de nouveaux champs et la relance des investissements, Assala constitue désormais l’un des dossiers les plus suivis de la stratégie pétrolière du pays.