Six ans après le coup d'État du 18 août 2020 qui a renversé l'ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, un collectif d'une centaine d'associations maliennes de lutte contre la corruption et la délinquance financière (RAMLCDF) a saisi le Vérificateur général pour réclamer un audit des marchés publics conclus sous la transition militaire . L'achat controversé d'un nouvel avion présidentiel figure parmi les dossiers sensibles pointés du doigt.
Une demande de transparence
Le Réseau des associations de lutte contre la corruption et la délinquance financière (RAMLCDF) a officiellement saisi le Vérificateur général, considéré comme le « Monsieur anti-corruption » du Mali, vendredi 4 septembre . Dans un document public, le collectif demande un audit complet des marchés publics conclus depuis l'arrivée au pouvoir des militaires .
Selon un responsable du réseau, cette demande s'inscrit dans un contexte où « tous les dossiers d'acquisition d'équipement et de matériel militaire échappent aux mécanismes de contrôle » . Les associations soulignent que la défense constitue le premier poste budgétaire du Mali, avec la Russie comme partenaire stratégique .
L'avion présidentiel au cœur du dossier
L'acquisition d'un nouvel avion de commandement, présenté au public il y a quelques mois par la junte, cristallise les critiques. Ce Boeing 737 modernisé a été acheté pour remplacer l'appareil présidentiel endommagé lors d'une attaque jihadiste contre l'aéroport militaire de Bamako en septembre 2024 .
Son coût : 15,6 milliards de francs CFA, soit environ 23,8 millions d'euros, pour un décaissement net estimé entre 5 et 6 milliards de francs CFA . Les associations anti-corruption demandent au Vérificateur général de mener une enquête approfondie sur ce dossier comme sur l'ensemble des marchés publics passés durant la transition .
Un contexte de fragilité institutionnelle
Cette demande d'audit intervient dans un contexte où les mécanismes de contrôle des marchés publics peinent à fonctionner. Un rapport publié en avril 2026 souligne que l'ARMDS (Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public) n'effectue pas les audits annuels de manière régulière et accuse un retard de trois années en matière de réalisation et de publication des rapports d'audit. Les associations maliennes de lutte contre la corruption s'appuient sur un travail de formation mené avec le soutien du PNUD et des partenaires internationaux. En juin 2025, une session de renforcement des capacités des OSC et des médias sur la passation des marchés publics a été organisée dans le cadre du projet de Lutte Contre la Corruption et l'Enrichissement Illlicite (LUCCEI2), financé par les Pays-Bas et le Danemark .
Les autorités maliennes n'ont pas encore officiellement réagi à cette demande d'audit. Le Vérificateur général devra désormais se prononcer sur la recevabilité de cette requête, qui pourrait ouvrir la voie à un examen approfondi de la gestion financière des six années de transition militaire.