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Bref S.,
11 Aug 2026 à 15:57
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Des Africains pourchassant d'autres Africains. Des commerces pillés, des familles en fuite, des vies brisées. Depuis plusieurs semaines, l'Afrique du Sud traverse une nouvelle vague de violences xénophobes aux conséquences dévastatrices, non seulement pour les victimes, mais aussi pour l'économie et la diplomatie du pays arc-en-ciel lui-même.

Un exode massif

Selon les données compilées par plusieurs pays africains, plus de 150 000 ressortissants étrangers auraient quitté l'Afrique du Sud face à cette vague de xénophobie, qui a déjà fait au moins quatre morts selon les autorités sud-africaines. Des centaines de Nigérians, Ghanéens, Malawiens, Mozambicains et Zimbabwéens ont choisi ou été contraints de rentrer dans leurs pays. Face à l'ampleur de la crise, Abuja a organisé le rapatriement volontaire de plus d'un millier de ses ressortissants, tandis que les relations diplomatiques entre le Nigeria et l'Afrique du Sud se sont considérablement dégradées.

Des groupuscules avaient fixé le 30 juin comme échéance aux sans-papiers pour quitter le territoire. Pour nombre des partants, c'est moins la réglementation que la peur pour leur sécurité qui les a fait fuir. Un ressortissant zimbabwéen vivant à Robertson depuis 2014 témoigne à l'AFP : « Ils disaient qu'on vivait ici illégalement. » Un autre confie : « On a peur de rester. Mais le problème, c'est qu'on n'a pas l'argent pour rentrer chez nous. »

Une économie qui paie le prix fort

Ironie tragique de la situation : ceux qu'on voulait chasser se révèlent indispensables. Les activités agricoles, le transport, la construction, les services de livraison et une partie du commerce informel figurent parmi les secteurs les plus touchés, notamment dans les provinces du KwaZulu-Natal et du Western Cape, où des entreprises signalent des difficultés croissantes pour remplacer les employés partis. 

Dans la ville agricole de Robertson, à 150 km du Cap, les branches des agrumiers ploient sous le poids des fruits mais personne pour les récolter. Un ouvrier agricole raconte : « Je vois beaucoup de propriétaires de fermes se plaindre. Il faut récolter ces mandarines, mais il n'y a personne. » C'est le moment de tailler les vignes et certains agriculteurs ont perdu jusqu'à 80 % de leurs coupeurs de canne du jour au lendemain.

Le paradoxe sud-africain mis à nu

Pendant des années, certains mouvements anti-immigration accusaient les travailleurs étrangers de « voler » les emplois des Sud-Africains. Aujourd'hui, leur départ massif révèle leur rôle essentiel dans le fonctionnement de pans entiers de l'économie. Pourtant, ces migrants ne représentent que 5 % de la population, dans un pays où le chômage dépasse les 30 %. La colère populaire, instrumentalisée par des groupes radicaux, s'en prenait à des boucs émissaires qui faisaient tourner l'économie à leur place.

Le gouvernement sud-africain promeut désormais une approche « locals first » et a étendu un dispositif de visas de travail accélérés. Mais certains secteurs dépendent toujours structurellement de la main-d'œuvre étrangère pour fonctionner. La xénophobie, au bout du compte, n'a pas résolu le chômage. Elle a simplement créé une pénurie là où il n'y en avait pas.

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