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Bref S.,
24 Sep 2026 à 08:52

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé à une réforme du Conseil de sécurité pour garantir une représentation permanente de l'Afrique. Il a qualifié l'absence du continent au sein des membres permanents d'« injuste et indéfendable ».

Un constat historique et politique

Lors de son discours d'ouverture du débat général de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, António Guterres a rappelé que l'ONU a été fondée en 1945, à une époque où la majeure partie de l'Afrique était encore sous domination coloniale. Selon lui, les institutions mondiales continuent de refléter « les réalités et les intérêts du pouvoir d'une époque largement révolue » .

« Un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans sièges permanents pour l'Afrique est injuste et indéfendable », a-t-il déclaré devant les dirigeants mondiaux réunis à New York .

La revendication africaine

La position commune africaine, portée par le Consensus d'Ezulwini et la Déclaration de Syrte, réclame depuis des décennies une réforme en profondeur. Elle exige notamment :

· Au moins deux sièges permanents pour l'Afrique, avec les mêmes prérogatives que les membres permanents actuels, y compris le droit de veto

· Cinq sièges non permanents au total au sein d'un Conseil élargi 

Le président sierra-léonais Julius Maada Bio, coordinateur du Comité des Dix de l'Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité, a rappelé que cette revendication ne date pas d'hier. En 2026, le Consensus d'Ezulwini célèbre son vingtième anniversaire .

Un débat sur l'étendue du droit de veto

Le cœur du bras de fer porte moins sur le principe d'une présence africaine permanente que sur l'étendue des prérogatives qui y seraient attachées. Plusieurs propositions suggèrent d'accorder des sièges permanents à l'Afrique, mais sans le droit de veto. Une option jugée inacceptable par de nombreux responsables africains, qui y voient la création d'un statut de « membre de second rang » .

La France, de son côté, soutient ouvertement l'octroi de deux sièges permanents à l'Afrique, avec le veto inclus. Paris estime qu'accorder la permanence sans les mêmes droits reviendrait à maintenir une inégalité au sein même de la réforme .

Des appuis internationaux, mais des blocages persistants

La Russie et la Chine reconnaissent la nécessité de renforcer la représentation africaine, mais restent réservées sur l'extension du veto. Moscou craint qu'un Conseil trop élargi ne devienne inefficace. Pékin insiste sur une réforme négociée par consensus, sans s'engager publiquement sur l'attribution du veto aux futurs permanents africains .

Les États-Unis avaient franchi une étape symbolique en 2024 en soutenant explicitement deux sièges permanents africains, sans toutefois proposer de leur accorder de nouveaux droits de veto, invoquant le risque d'aggraver les paralysies du Conseil .

Le défi est structurel : toute modification de la Charte des Nations Unies requiert non seulement une majorité des deux tiers à l'Assemblée générale, mais aussi la ratification des cinq membres permanents actuels. Aucun nouvel équilibre institutionnel ne peut donc émerger contre leur gré. 

Un contexte de crispation internationale

Le plaidoyer de Guterres intervient alors que les lignes de fracture mondiales se creusent. Le Secrétaire général a évoqué un monde marqué par le « transfert de pouvoir des gouvernements vers des entreprises et des individus puissants », ainsi que par l'émergence de nouveaux centres d'influence économiques et technologiques. Il a appelé à un modèle de « multipolarité en réseau », fondé sur l'interdépendance et le droit international, plutôt que sur la fragmentation en blocs rivaux .

L'Assemblée générale de l'ONU, qui se tient jusqu'à la fin du mois, doit permettre aux dirigeants africains de porter à nouveau cette revendication. L'Union africaine a réaffirmé, en marge de cette session, sa volonté de promouvoir un ordre international plus équitable et une meilleure prise en compte des intérêts du continent .

La réforme du Conseil de sécurité reste l'un des chantiers les plus complexes de la gouvernance mondiale. L'appel de Guterres, bien que largement soutenu sur le principe, se heurte à des intérêts institutionnels profondément ancrés depuis 1945.

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