Robert Dussey a clarifié la position du Togo sur la scène internationale : le choix de Lomé est d'aider les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), et non de les isoler. Le chef de la diplomatie togolaise a réaffirmé cette ligne lors d'un entretien accordé à France 24 en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.
« Ne pas isoler l'AES »
Le ministre togolais des Affaires étrangères a plaidé pour le maintien de ponts avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso, trois pays dirigés par des juntes militaires qui ont quitté la CEDEAO et se sont tournés vers la Russie.
« La solution, c'est de ne pas isoler ces pays », a-t-il déclaré, soulignant qu'ils servent de « digue contre l'extrémisme violent » et les groupes terroristes dans la région.
Pour Robert Dussey, la sécurité des autres pays d'Afrique de l'Ouest dépend également des efforts de l'AES dans la lutte contre les jihadistes.
Une position constante depuis avril 2026
Cette déclaration s'inscrit dans la continuité de la stratégie « Togo-Sahel 2026-2028 », présentée à Lomé le 18 avril 2026. À cette occasion, Robert Dussey avait déjà affirmé :
« Le Togo est prêt à mettre son expertise en médiation et son ancrage régional au service de la stabilité pour servir de pont entre le Sahel et l'ensemble de la communauté internationale ».
La stratégie togolaise s'articule autour de cinq piliers : le dialogue politique avec l'AES, la coopération régionale et internationale, la lutte contre le terrorisme, la coexistence pacifique et le renforcement de l'intégration économique régionale.
Un rôle de médiateur assumé
Le Togo se positionne depuis plusieurs années comme un intermédiaire entre l'AES et le reste de la communauté internationale. Lomé a multiplié les initiatives diplomatiques, notamment le Congrès panafricain en décembre 2025 et le Forum pour la paix de Lomé en octobre 2025, auxquels l'AES était invitée à chaque fois.
En mars 2025, Robert Dussey avait même déclaré sur les réseaux sociaux que « le Togo envisage de rejoindre l'AES », une décision qui offrirait aux pays enclavés du Sahel un accès à la mer via le port de Lomé.
Une voie distincte au sein de la CEDEAO
Cette approche tranche avec la ligne dure adoptée par certains pays de la CEDEAO, qui avaient imposé des sanctions aux régimes militaires sahéliens après leurs coups d'État respectifs. Le Togo, petit pays côtier économiquement fragile, y gagne une aura diplomatique et des retombées potentielles pour son port.
Les ministres des Affaires étrangères burkinabè et malien, présents lors du lancement de la stratégie en avril, avaient salué l'initiative togolaise. Karamoko Jean Marie Traoré (Burkina Faso) s'était réjoui que le Sahel soit « placé au centre de la réflexion », tandis qu'Abdoulaye Diop (Mali) avait appelé à « travailler avec le Sahel et non sur le Sahel ».
En refusant d'isoler l'AES tout en maintenant le dialogue avec l'ensemble de la communauté internationale, le Togo cherche à se positionner comme un acteur incontournable de la stabilisation régionale. Une diplomatie du « pont » qui, pour Lomé, est aussi un pari économique et stratégique.