Alors que les violences jihadistes s'intensifient au Sahel, des législateurs américains exhortent l'administration Trump à élaborer une stratégie claire pour le Mali. Une initiative qui traduit l'inquiétude croissante de Washington face à la progression des groupes armés en Afrique de l'Ouest, et qui pourrait ouvrir la voie à un déploiement militaire américain dans la région.
Une pression bipartisan au Congrès
Selon les informations de The Africa Report, deux élus américains ont pris l'initiative de pousser l'exécutif à agir. Le démocrate Jimmy Panetta (Californie) et le républicain Joe Wilson (Caroline du Sud) ont conjointement déposé une proposition de loi intitulée "Mali Security Partnership and Counterterrorism Act" .
Cette démarche bipartisan traduit une préoccupation partagée au Capitole : la progression du JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans), affilié à Al-Qaïda, dans un pays où les forces armées maliennes et leurs alliés russes de l'Africa Corps peinent à contenir l'offensive jihadiste.
« Le Mali ne peut pas être isolé des défis sécuritaires plus larges du Sahel. L'instabilité récente au Niger a accru les risques de terrorisme et d'instabilité politique susceptibles de déstabiliser cette région interconnectée », a déclaré Jimmy Panetta dans un communiqué .
Ce que contient la proposition de loi
Le texte ne se limite pas à une déclaration d'intention. Il impose une série d'évaluations et de rapports au Département d'État, notamment :
· Une évaluation de la menace posée par le JNIM, incluant l'ampleur de son expansion territoriale et ses liens avec les groupes extrémistes au Burkina Faso et au Niger.
· Une analyse des financements du groupe, notamment via l'or et les réseaux de trafic, ainsi que les routes de contrebande et les nœuds financiers qu'il utilise.
· Un examen des sanctions américaines actuellement en vigueur contre le Mali, et de leur efficacité réelle.
· L'identification des lacunes dans la coopération régionale et les mécanismes de coordination antiterroriste.
· La formulation d'une stratégie diplomatique globale, avec des objectifs mesurables et des mécanismes de suivi.
Joe Wilson a résumé la philosophie du texte :
« Les organisations extrémistes, soutenues par le régime de Poutine et Téhéran, continuent de s'étendre et de déstabiliser la région. Cette législation renforcera la capacité des États-Unis à soutenir les partenaires régionaux et à protéger nos intérêts de sécurité nationale » .
Un contexte sécuritaire en dégradation rapide
Cette initiative intervient alors que la situation sécuritaire au Mali s'est considérablement détériorée ces derniers mois. Le 10 septembre, le JNIM a revendiqué une attaque d'envergure contre le camp militaire de Dioura, dans la région de Mopti, affirmant avoir neutralisé 150 soldats maliens et capturé 93 autres. Si les bilans divergent, des sources indépendantes évoquent au moins 50 à 80 soldats tués, ainsi que cinq paramilitaires russes .
Quelques jours auparavant, une embuscade près du village de Kaka, toujours dans la région de Mopti, avait coûté la vie à onze personnes, dont quatre membres de l'Africa Corps et sept combattants dozos alliés à l'armée malienne .
Ces attaques illustrent l'incapacité des forces maliennes et de leurs partenaires russes à endiguer l'expansion du JNIM, qui contrôle désormais de vastes zones dans le centre et le nord du pays.
L'hypothèse d'un déploiement militaire américain
La pression du Congrès s'accompagne de discussions, encore discrètes, sur un possible déploiement d'unités américaines dans la région pour contenir durablement l'expansion jihadiste. Selon des informations rapportées par le Washington Post, l'administration Trump étudierait des options allant de frappes aériennes ciblées à un soutien accru aux forces locales.
Un rapport du Département d'État transmis au Congrès indique que la Russie dispose d'environ 2 500 hommes au Mali via l'Africa Corps, ainsi que des instructeurs au Burkina Faso et au Niger . La présence russe, loin de stabiliser la région, est de plus en plus perçue à Washington comme un facteur d'aggravation.
La sénatrice démocrate Chris Coons a toutefois mis en garde contre une approche purement militaire :
« Ce que j'ai vu en Iran, c'est la limite de la puissance aérienne et de l'usage de la technologie contre un adversaire idéologique. Le JNIM ne va pas abandonner parce qu'on largue des munitions » .
Le sénateur Tim Kaine s'est montré encore plus tranchant :
« Ce dont les États-Unis n'ont pas besoin, c'est d'une nouvelle guerre stupide lancée par Trump. Personne ne nous a briefés là-dessus » .
Un rééquilibrage stratégique en cours
Au-delà du volet sécuritaire, la proposition de loi traduit un rééquilibrage de la politique américaine au Sahel. Le texte prévoit notamment d'évaluer l'impact des sanctions américaines sur la capacité du Mali à lutter contre les groupes extrémistes, et de déterminer si ces restrictions entravent une coopération efficace.
L'administration Trump a déjà amorcé un timide rapprochement avec Bamako. En février 2026, Washington a levé les sanctions visant trois responsables maliens liés au groupe Wagner, dont le ministre de la Défense Sadio Camara tué quelques mois plus tard lors de l'offensive du JNIM et du FLA . En juillet, l'assistant secretary of State pour l'Afrique, Frank Garcia, s'est rendu à Bamako pour rencontrer le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères .
Mais ce rapprochement suscite des critiques. Le Mali, comme ses voisins de l'Alliance des États du Sahel (AES), a publiquement rompu avec l'Occident et s'est tourné vers la Russie. Toute ouverture américaine risque d'être perçue comme une tentative de déstabilisation par les autorités en place.
La proposition de loi du Congrès met l'administration Trump face à ses responsabilités : définir une stratégie claire pour le Mali, ou assumer le risque de voir le Sahel devenir un sanctuaire jihadiste durable. Entre pression législative, réticences militaires et complexité géopolitique, Washington devra trancher.