Le gouvernement nigérien a franchi un nouveau palier dans la crise ouverte avec son ancien partenaire français. Réuni en Conseil des ministres le 4 septembre, il accuse officiellement la France d'être à la tête d'un « vaste réseau de connivence » derrière les événements des 28 et 29 août à la base aérienne 101 de Niamey. Paris n'a pas encore répondu à ces accusations, mais l'ambiance entre les deux pays ne cesse de se dégrader.
Accusations formelles et documentation
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, les autorités nigériennes affirment avoir réuni une « documentation conséquente » qui établirait l'implication de la France dans la tentative de mutinerie du 29 août. Le gouvernement se réserve le droit de saisir la justice internationale sur la base de ces éléments.
Le ministre d'État, ministre de la Défense, le général Salifou Mody, a déclaré à la télévision nationale que les auteurs de la tentative de déstabilisation du 29 août sont « entraînés dans des pays étrangers, y compris la France, dans des camps spéciaux ». Selon lui, des militaires nigériens auraient été formés à l'étranger pour mener des actions de déstabilisation contre leur propre pays.
Des accusations qui dépassent la France
Le gouvernement nigérien évoque également l'implication présumée de « certains frères africains », après le témoignage du capitaine Roger Gabriel, un ancien militaire ayant participé aux événements. Ce dernier aurait cité plusieurs pays, dont le Tchad, des forces spéciales françaises, le Bénin et la Côte d'Ivoire.
Abuja et Cotonou ont rejeté toute implication dans cette affaire. Les autorités nigériennes n'ont pas encore rendu publics les éléments permettant de vérifier indépendamment leurs accusations.
Un contexte de rupture entre le Niger et la France
Ces accusations s'inscrivent dans un contexte de rupture totale entre le Niger et la France depuis le coup d'État de juillet 2023. Le régime militaire dirigé par le général Abdourahamane Tiani a multiplié les mesures hostiles à l'ancienne puissance coloniale :
· Expulsion des militaires français du territoire
· Fermeture de l'ambassade de France à Niamey
· Retrait de la zone franc et du franc CFA
· Rapprochement stratégique avec la Russie, le Burkina Faso et le Mali
Ce contentieux, qui portait jusqu'ici sur des symboles politiques et économiques, s'étend désormais au domaine sécuritaire, Niamey accusant ouvertement Paris de chercher à déstabiliser le pays.
Des accusations difficiles à vérifier
Si les autorités nigériennes affirment disposer de preuves, aucune d'entre elles n'a été rendue publique à ce stade. Le flou persiste sur la nature exacte de la « documentation conséquente » évoquée par le Conseil des ministres. La communauté internationale suit avec attention cette nouvelle escalade verbale, qui risque d'aggraver encore les tensions régionales alors que le Sahel est confronté à une crise sécuritaire majeure. L'Afrique de l'Ouest, déjà fragilisée par les ruptures politiques récentes, craint que ces accusations ne ravivent les divisions entre États.
Niamey durcit le ton contre Paris, accusant la France de chercher à déstabiliser le pays. Une escalade qui illustre la profondeur du fossé creusé entre les deux pays depuis le coup d'État de 2023.