Washington commence à hausser le ton. Alors que l'administration Trump multiplie les gestes d'ouverture envers les régimes militaires du Sahel, un élu démocrate du Congrès américain vient de mettre la pression en sens inverse en réclamant des sanctions ciblées contre des responsables sécuritaires et en dressant un bilan accablant des atrocités commises dans la région.
La lettre de McGovern à Rubio
Le représentant démocrate James P. McGovern a adressé une lettre au secrétaire d'État Marco Rubio le 12 août, réclamant des sanctions ciblées contre des responsables sécuritaires du Sahel central. Le texte demande à l'administration américaine de placer les droits humains et la protection des civils au centre de sa politique envers le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
La lettre demande au Département d'État de conditionner l'aide américaine au respect du droit international des droits humains, d'envisager des sanctions Global Magnitsky, d'expliquer tout allègement de sanctions existantes, d'évaluer les risques d'atrocités, de faire pression pour la libération de personnalités politiques et de journalistes détenus dont l'ancien président nigérien Mohamed Bazoum de soutenir les efforts de paix locaux, et d'augmenter l'aide humanitaire et au développement.
Un bilan humanitaire catastrophique
La démarche de McGovern s'appuie sur des preuves solides. Co-président de la Commission Tom Lantos sur les droits humains, McGovern s'appuie sur des témoignages recueillis lors d'une audition parlementaire tenue le 14 mai à Washington, consacrée aux violences subies par les populations civiles dans la région. Sa lettre affirme que les forces de sécurité du Sahel central « ont elles-mêmes été impliquées » dans des violations généralisées du droit humanitaire international.
La réalité sur le terrain est accablante. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont finalisé leur retrait de la CEDEAO et annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale, mettant gravement en péril l'accès à la justice pour les victimes d'abus. Au Mali, la junte a interdit tous les partis politiques et élevé le général Assimi Goïta au poste de président jusqu'en 2030 sans élection. Dans les trois pays, des régimes répressifs limitent les libertés publiques, tandis que des groupes armés multiplient les violations des droits humains.
Une tension avec la politique de Trump
Le timing de cette lettre n'est pas anodin. Elle intervient alors que l'administration Trump multiplie depuis plusieurs mois les gestes d'ouverture envers les autorités des trois pays. Le responsable du Département d'État chargé des Affaires africaines, Nick Checker, s'est rendu au Mali en février puis au Burkina Faso et au Niger en mars, une démarche qu'il présente lui-même comme relevant d'une « coopération pragmatique » devant laisser place à une transition démocratique à terme.
Un pragmatisme que McGovern refuse catégoriquement d'endosser face à l'ampleur des crimes documentés. La balle est désormais dans le camp de Marco Rubio.